La presse enquête sur le passé argentin du pape

Publié le par Gérard

© SPAZIANI/OLYCOM/SIPA
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Alors que la polémique sur le rôle du pape François durant la dictature argentine n'en finit pas de faire les manchettes des journaux, d'autres prennent la défense du pontife

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L'article est signé du père Thomas J. Reese, et c'est peut-être ce qui le rend capital. L'ancien rédacteur en chef du magazine jésuite America, classé à gauche, et qui a démissionné de ses fonctions en raison de ses divergences profondes avec la ligne morale du Vatican, se fend d'un long billet explicatif sur le passé du pape argentin dans les colonnes du National Catholic Reporter. A l'accusation selon laquelle Mgr Bergoglio aurait livré deux jésuites à la dictature, il répond ceci: "Comme provincial, le père Bergoglio était responsable de la sécurité de ses hommes. Il craignait que les pères Orlando Yorio et Franz Jalics ne se mettent en danger et c'est pourquoi il voulait leur faire cesser leur ministère. Ceux-ci, naturellement, ne voulaient pas quitter leur travail avec les pauvres. Yorio et Jalics ont été arrêtés quand un ancien collègue laïque, qui avait rejoint les rebelles et a ensuite été arrêté, a donné leurs noms sous la torture en tant que personnes qui avaient travaillé avec lui autrefois. C'était une pratique normale pour les militaires.

 

La junte n'a pas eu d'informations de Bergoglio. Contrairement à la rumeur, il ne les a pas jetés hors de la Compagnie ni ne leur a retiré sa protection. Ils étaient jésuites quand ils ont été arrêtés. Yorio a ensuite quitté la Compagnie, mais Jalics est encore aujourd'hui jésuite, vivant dans une maison de retraite pour jésuites en Allemagne. [...] Adolfo Esquivel, Argentin qui a remporté le Nobel de la Paix en 1980, dit que Bergoglio n'était pas impliqué avec les militaires et a essayé d'aider les deux jésuites. D'autres rumeurs qui circulent disent que comme archevêque, Bergoglio autorisait l'armée à cacher des prisonniers dans une maison de retraite de l'archidiocèse de sorte qu'ils ne soient pas vus par la Commission interaméricaine des droits de l'homme lors de ses visites. Voici un fait: Bergoglio n'était pas archevêque alors. Horacio Verbitsky, un journaliste argentin d'investigation, affirme au contraire que Bergoglio a aidé à enquêter sur l'affaire".

 

Selon le père Reese, la seule chose qui pourrait être retenue contre le nouveau pape serait de ne pas avoir été un héros. "Face à la tyrannie, il y a ceux qui prennent une position prophétique et meurent en martyrs. Il y a ceux qui collaborent avec le régime. Et il y en a d'autres qui font ce qu'ils peuvent tout en gardant la tête basse. Lorsque des admirateurs ont essayé de prétendre que Jean-Paul II avait oeuvré clandestinement contre le nazisme, il les a détrompés et a dit qu'il n'était pas un héros. Ceux qui n'ont pas vécu sous une dictature ne doivent pas être prompts à juger ceux qui ont vécu sous ce joug, que cette dictature ait été dans la Rome antique, l'Amérique latine, l'Afrique, l'Allemagne nazie, l'Europe communiste de l'Est ou la Chine d'aujourd'hui. Nous devrions révérer les martyrs, mais ne pas exiger de chaque chrétien qu'il en soit un".

 

Côté italien, le Vatican Insider, édité par la Stampa, rapporte les propos du président de la Cour suprême de justice argentine, Ricardi Lorenzetti: "Le pape est complètement innocent, il n'a jamais été soupçonné de violations des droits de l'homme durant la dictature militaire, entre 1976 et 1983". Mais alors, d'où vient la rumeur? Pour Patrice de Plunkett, qui a été journaliste en Argentine durant cette période sombre, "la rumeur provient en réalité des gouvernants argentins. Autrement dit la bande Kirchner... Alliant la rapacité au populisme et à la surenchère des nouvelles moeurs, cette clique est capable de tout ; on le devine en entendant Mme Kirchner éructer dans ses meetings. Cette bande a un compte à régler avec l'ex-archevêque de Buenos-Aires qui a osé lui résister ; elle tâche aujourd'hui de salir son image".

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