Faire la preuve de notre utilité au quotidien

Publié le par Gérard

Il y a un an, dans un entretien à Mediapart, vous disiez qu’un ministre écologiste pouvait ouvrir sa gueule sans démissionner. Quel bilan tirez-vous de ce principe ?

Je pense qu’il fonctionne. On a beaucoup commenté mon évocation de « la muselière » qu’imposait la fonction de ministre (en août 2012 – Ndlr). Passer de secrétaire nationale d’un parti d’opposition à un ministère était forcément une transition un peu particulière. Aujourd’hui, j’ai à la fois conscience de mes responsabilités et du fait que nous sommes dans un gouvernement de coalition, où les ministres ne sont pas des exécutants techniques.

 

À la table du conseil des ministres, je suis une femme politique porteuse d’orientations, qui a choisi, avec sa formation, de soutenir une majorité, dans un cadre précis. Christiane Taubira l’a bien dit : je reste moi-même. À certains moments, en conscience et en responsabilité politique, il est légitime et utile pour le gouvernement de pouvoir s’exprimer. Avec la modération qu’implique bien entendu ma fonction. Mais avec la clarté qu’impliquent mes convictions.

 

Si le « choc de moralisation » promis par Matignon était finalement très faible, la question se poserait-elle de quitter le gouvernement ?

J’aimerais qu’on cesse de considérer toute expression des écologistes comme un chantage à la démission. La période qui s’ouvre doit être une nouvelle étape forte de cette majorité. Elle suppose un pacte moral et politique, c’est cela l’objet de nos débats.

 

Comment définissez-vous cette « nouvelle étape » ?

Des réformes nécessaires ont déjà été engagées. Je vois encore de nombreux Français qui n’ont pas oublié la glaciation sarkozyste et le poids qu’elle faisait peser sur la société. Mais cela ne suffit pas. Nous devons maintenant faire la preuve que le changement devient une réalité dans les pratiques politiques, dans les politiques publiques et rapidement dans la vie quotidienne des Français. Nous devons accélérer et amplifier l’action du gouvernement. Le cap de la transition écologique peut apporter ce souffle : il est économe de la ressource, tout en exigeant des investissements. Il est créateur d’emplois et tourné vers l’avenir. Il suppose des moyens, avec un vrai pouvoir d’investissement dans les filières d’avenir.

 

Comment expliquez-vous que ces préoccupations se soient diluées en quelques mois, depuis le discours de François Hollande à l’issue de la conférence environnementale cet automne ?

Si je savais l’expliquer, je pense que cela ne serait pas arrivé. La culture écologiste et la conviction que la transition écologique est une vraie solution pour sortir de la crise et non pas un petit à-côté, n’ont sans doute pas encore percolé au sein de toute la majorité. Si on assume très simplement le pacte conclu entre les écologistes et les socialistes, on parle de passer de 75 % à 50 % d’énergie nucléaire, d’un effort sur les énergies renouvelables, de la rénovation thermique… Ce sont des questions centrales. Tout cela suppose un changement de  paramètres des politiques de filières industrielles. Le débat n’est pas un débat entre social-libéral ou social-écologiste : c’est très concrètement les traductions de notre politique au quotidien.

 

Si ce changement ne vient pas, vous jugerez malgré tout que votre présence est utile au gouvernement ?

Cette question, je me la pose chaque jour. La réponse, c’est de faire la preuve de notre utilité au quotidien. Quitter le gouvernement, soit, mais pour faire quoi ? Notre responsabilité n’est pas de créer une nouvelle crise politique qui ira agiter le Landerneau. Nous devons être utiles. Nous avons encore beaucoup de réformes à engager et à appuyer. Pour moi, c’est mon horizon, je ne me résignerai jamais à l’inaction.

 

Toute rupture à gauche serait impossible ?

Il n’y a rien d’impossible. Les écologistes veulent aller plus loin, et incarner une alternative, mais sans nier la nécessité des compromis. Parce que le compromis est parfois plus radical que la rupture. Prenons le cas de Notre-Dame-des Landes, notre présence au gouvernement a été aussi inconfortable qu’utile, pour que prévalent l’apaisement et le dialogue. On ne jauge pas une politique sur le niveau de décibels employés par celui qui la porte, mais à ses effets sur le réel. Voilà pourquoi je refuse de céder à l’inflation sémantique. Aujourd’hui le niveau des échanges est invraisemblable. Je ne suis pas d’accord pour traiter un ministre de salopard. Cela ne fait absolument pas avancer le débat.

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electricien paris 16/02/2015 14:10

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