Le rôle controversé du pape François sous la dictature argentine

Publié le par Gérard

Le pape François (ici en 1973) est accusé par certains de ses détracteurs d'avoir aidé la dictature argentine au tournant des années 80.

Le pape François (ici en 1973) est accusé par certains de ses détracteurs d'avoir aidé la dictature argentine au tournant des années 80. | AFP

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Les cardinaux ont-ils ouvert la voie à un nouveau scandale ? Quelques heures après l'élection du pape François, la polémique sur l'attitude de l'Eglise argentine pendant les années de dictature (1976-1983) a ressurgi.

Quel rôle a joué Jorge Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires, auprès du dictateur Jorge Rafael Videla ?

La disparition de deux jésuites. Les détracteurs de Jorge Bergoglio, le pape François, stigmatisent son rôle dans la disparition de deux missionnaires jésuites, Orlando Yorio et Francisco Jalics, emprisonnés le 23 mars 1976, puis torturés dans un centre de détention connu pour sa cruauté, l'Ecole de mécanique de l'armée (ESMA). Ils avaient été libérés cinq mois plus tard. Les deux missionnaires avaient pris fait et cause pour l'opposition à la dictature alors que lui-même cherchait à maintenir la neutralité politique de la Compagnie de Jésus.

«J'ai fait ce que j'ai pu à l'âge que j'avais et avec les peu de relations que j'avais pour intervenir en faveur des personnes séquestrées», s'est expliqué Jorge Bergoglio, dans un livre d'entretiens, Le Jésuite, avec Sergio Rubin et Francesca Ambrogetti (2010). Jorge Bergoglio, qui dirigeait à l'époque l'ordre des jésuites en Argentine, a tSon principal accusateur. Horacio Verbitsky, auteur de l'ouvrage «Double jeu, l'Argentine catholique et militaire», dit avoir connaissance de «cinq nouveaux témoignages, qui confirment le rôle de Bergoglio dans la répression du militaire au sein de l'Eglise catholique qu'il préside aujourd'hui, dont la disparition de prêtres».

Sur les réseaux sociaux, de nombreux utilisateurs ont partagé jeudi des photos présentées comme compromettantes pour le 266e pape de l'histoire. L'une d'entre elles a un temps été présentée comme celle de Bergoglio en train de faire la communion au dictateur argentin Videla. Ce qui n'est pas le cas, après vérification. 

 



Que dit la ? Le nouveau pape a déjà dû s'expliquer devant la justice sur son passé. En novembre 2010, alors cardinal et primat d'Argentine, Mgr Bergoglio avait été interrogé en tant que témoin dans le cadre d'un procès sur des crimes commis pendant la dictature. Il a aussi été entendu comme témoin pendant un procès sur les bébés d'opposants adoptés par des du régime militaire, et répondu qu'il n'en avait connu l'existence qu'après le rétablissement de la démocratie.

En 2011, c'est une juge française qui avait demandé en vain son audition dans le cadre d'une enquête sur le meurtre d'un curé français en 1976, sous la dictature argentine. «Ce pape n'est certainement pas une grande figure de la défense des droits de l'homme», juge Sophie Thonon, avocate de la famille du prêtre disparu. «Il est au contraire soupçonné de ne pas avoir dénoncé les crimes de la dictature, de ne pas avoir demandé des comptes et donc, par son silence, d'avoir couvert ces actes», ajoute l'avocate.

Pour sa défense, Jorge Bergoglio assure avoir interpellé à l'époque le chef de la junte militaire, Jorge Videla, pour obtenir la libération des deux jésuites. «Il leur a même permis de quitter le pays vers l'Italie», souligne José Maria Poirier, directeur de la revue catholique Criterio, qui évoque «un homme irréprochable». Après la dictature, la conférence épiscopale a publiquement demandé pardon pour ne pas s'être plus engagée en faveur du respect des droits de l'homme. La dictature argentine a fait des milliers de morts ou de disparusoujours nié toute responsabilité.

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