« Mélenchon serait bien plus utile au conseil des ministres »

Publié le par Gérard

Le rééquilibrage des institutions doit-il passer par un vote du parlement, où toutes les réformes constitutionnelles, pourtant a minima, déjà décidées par l’exécutif, sont mal accueillies ? Par un référendum ? Par une constituante ?

Je ne suis pas apôtre du référendum. Je suis d’ailleurs assez triste de ce qui s’est passé en Alsace. C’est parfois un moyen un peu simpliste de répondre à une crise de confiance. Ce qui compte, c’est que les réformes transforment le système politique. Si on décide résolument le non-cumul des mandats, on va déjà aller vers une autre logique. Une logique où le travail des parlementaires ne sera plus lié uniquement aux échéances locales. Nous avons, en France, vécu une concentration des pouvoirs qui est passée par la décentralisation. Cette concentration provoque aujourd’hui une perte de temps et de qualité des parlementaires et modifie les objectifs politiques des majorités.

 

« Aller résolument vers le non-cumul », cela veut dire une application dès 2014, et non 2017 comme le prévoit pour l’instant le projet de loi ?

Je suis une pragmatique, mais il faut aller le plus vite possible. Il faut que le non-cumul soit voté. C’est comme la question du droit de vote des résidents étrangers. Je pense que nous ne devons pas tergiverser au moment de mener ces réformes. On doit maintenant les assumer et convaincre la majorité.

 

Mais vous pensez que le non-cumul suffira à répondre à la crise politique provoquée par l’affaire Cahuzac ?

Non. Les réponses uniquement éthiques ou des mesures techniques contre la fraude fiscale ne seront pas suffisantes. La crise politique que nous vivons a un déclencheur conjoncturel : la découverte du mensonge et des actions de Jérôme Cahuzac. Mais les racines de la crise sont plus profondes : une crise économique et sociale forte et une poussée réactionnaire importante. On ne peut pas faire abstraction du substrat sur lequel naît cette crise politique. À nous d’y apporter des réponses politiques et par la volonté d’accélérer les réformes.

 

Êtes-vous d’accord avec ceux qui jugent que cette affaire est le symptôme d’une Ve République à bout de souffle ?

Mais les risques et les dérives de la Ve République sont connus depuis Le Coup d’État permanent de Mitterrand (publié en 1964 –Ndlr) ! Et je ne pense pas que la Ve République se résume à des élites coupées des réalités. Il y a d’ailleurs eu des scandales de tout temps... Il faut à chaque fois trouver les réponses, comme ce fut le cas dans les années 1990 sur le financement des partis politiques. À nous de mener une remise à plat de la même nature face à la fraude fiscale, au niveau français et au niveau européen. 

 

Si vous n’étiez pas ministre, iriez-vous manifester le 5 mai avec Jean-Luc Mélenchon ?

Non. Je n’irais pas. Je ne crois pas que cette méthode puisse avoir une quelconque efficacité autre que renforcer ce qu’elle prétend combattre. Parce que nous ne sommes pas dans un moment de montée révolutionnaire, mais de poussée réactionnaire. La gauche au pouvoir a une obligation de réussite pour enrayer la marche de la crise. Nous devons nous souvenir que dans l’Histoire, à chaque fois que la gauche s’est fracturée, cela s’est terminé par la victoire durable de la droite, et de la droite dure. Je ne crois pas à la guerre des gauches.

 

Je pense toujours, comme je l’ai dit il y a plusieurs mois, que Jean-Luc Mélenchon serait bien plus utile autour de la table du conseil des ministres, plutôt que de se contenter de mener une manifestation. Je le dis avec beaucoup de respect et avec la conscience aiguë que, sans le soutien de Jean-Luc Mélenchon à François Hollande il y a un an, nous n’aurions pas gagné l’élection présidentielle. Je ne mésestime ni ce qu’il dit ni ce qu’il pense. Mais je crains un réel aveuglement sur les conséquences du mot d’ordre “coup de balai”. Et je ne supporte pas l’idée qu’on puisse mettre tout le monde dans le même sac. C’est aussi méprisant que lorsque certains balaient ses arguments d’un revers de main.

 

Mais alors pourquoi Eva Joly, dont vous avez fait la campagne, se rend-elle à cette manifestation ?

Je ne l’explique pas. Je n’ai pas à le faire. Chacun a sa boussole. Pour ma part, c’est après le 21 avril que je me suis engagée au niveau national chez les écologistes. Je n’oublie rien des leçons d’alors. Nous pensions que cette immense claque avait été provoquée par une forme de myopie sur l’état de la société, une autosatisfaction d’une partie de la gauche plurielle sur l’action menée par le gouvernement et une division sur le fond qui donnait le sentiment qu’aucune perspective de travail en commun n’existait. Cette analyse du passé récent guide mon action présente. Je veux que le gouvernement réussisse.

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