Cécile Duflot veut « un pacte moral et politique »

Publié le par Gérard

Cécile Duflot l'avait dit en plein conseil des ministres au lendemain des aveux de Jérôme Cahuzac : l'affaire visant l'ancien ministre du budget suscite une crise telle qu'elle appelle non seulement à des mesures de transparence et de lutte contre la fraude fiscale, mais aussi à un « changement de cap » politique. Dans un entretien à Mediapart, elle dénonce le « risque de la spirale de la récession » et demande des changements institutionnels. Avec Pascal Canfin, l'autre ministre écolo du gouvernement Ayrault, et Marie-Arlette Carlotti, elle a ainsi décidé dès lundi de publier son patrimoine.

 

Matignon et l’Élysée ont préparé une série de mesures qui feront l’objet d’une communication en conseil des ministres mercredi. Quels sont, selon vous, les points essentiels qui permettraient de répondre à la crise profonde qu’a provoquée l’affaire Cahuzac ?

Cécile Duflot 
Cécile Duflot© Reuters

Cécile Duflot. Ce n’est pas seulement une crise morale. Il n’y a pas que le mensonge, il y a la réalité des faits : la fraude fiscale d’un responsable politique qui avait pour charge de la réprimer. Cela provoque une perte de confiance. Nous devons donc mettre en place d’urgence un véritable « système de contention » pour bannir de tels actes. Il ne faut pas non plus laisser croire que l’ensemble des politiques seraient des fraudeurs. Je crois plus que jamais à la nécessité de la politique : il faut donc apporter une réponse politique. Il ne s’agit pas d’avoir des haut-le-cœur, ou de pousser des hauts cris. Il faut être extrêmement déterminés, mais sans excès. Je suis fière de faire de la politique.

Ce qui est fragilisé par cette affaire n’est pas uniquement la confiance, mais la capacité même de la politique à changer la société. Nous devons faire la preuve que la politique agit sur le réel. La partie est difficile mais quand je vois ce que nous parvenons à faire avancer pour l’encadrement des loyers, pour créer de nouvelles places d’hébergement d’urgence ou pour bâtir des politiques d’aménagement des territoires pour la transition écologique, je sais que nous avons des arguments à faire valoir. 

 

Quel doit être ce « système de contention » ?

Il faut davantage de transparence et de contrôle pour promouvoir une nouvelle culture politique. Avec les autres élus écologistes, nous avons décidé de publier nos déclarations de patrimoine dès maintenant, sans attendre la loi. Ce n’est pas un choix facile, car il expose l’intimité et la vie privée, mais c’est une exigence nécessaire. Cela dit, on aurait tort de se limiter aux symboles et d’ériger en seule vertu la transparence. On ne doit pas se contenter de déclarations et de formules : il faut mettre en place un système de contrôle et d’observation des conflits d’intérêts et se donner les moyens de lutter contre la fraude en tout genre.

Si on veut lutter contre la fraude fiscale, il faut des outils : il faut en premier lieu muscler l’inspection des impôts comme les écologistes le proposaient lors de la campagne présidentielle. La droite a instillé pendant dix ans l’idée que les fraudeurs seraient les plus démunis, alors que les faits prouvent le contraire. À nous de mettre toute notre énergie à éradiquer la vraie fraude : celle qui organise l’évasion fiscale et la corruption.

 

Il faut donc recruter des agents et mettre en place une instance autonome ? 

Oui, par exemple pour contrôler les patrimoines. Il faut des bonnes intentions – c’est un minimum. Ensuite, il leur faut une traduction législative ou réglementaire, puis des moyens pour les mettre en œuvre. Ce sont ces trois éléments qui permettront de vérifier la force de l’engagement.

 

L’affaire Cahuzac relance aussi le débat sur les institutions. Les écologistes ont toujours défendu une VIe République. Pensez-vous que ce soit aujourd’hui indispensable ?

Oui. Les écologistes disent depuis plusieurs années qu’il ne peut y avoir de changement politique profond sans changement démocratique et institutionnel. La VIe République, je veux en prendre le chemin concrètement et non pas simplement l’invoquer. Elle passe par le non-cumul, la proportionnelle et la citoyenneté de résidence. Aujourd’hui, tout le monde se tourne vers François Hollande et attend de lui une réaction à la hauteur de l’événement. Mais cette situation est d’abord le fait d’un régime qui s’est beaucoup présidentialisé sans contre-pouvoirs. Cela pourrait se passer autrement. Il faut renforcer les pouvoirs du parlement et affermir les contre-pouvoirs.

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