Un repli réactionnaire

Publié le par Gérard

Votre parti, EELV, a appelé dimanche à un « sursaut démocratique ». Vous êtes également intervenue au conseil des ministres la semaine dernière pour appeler à un changement de cap. Voulez-vous changer la politique économique du gouvernement ?

Avec l’amplification de la crise, une réponse uniquement centrée sur la baisse des dépenses publiques ne peut pas être une réponse politique durable. Je sais qu’il faut engager une trajectoire de désendettement. En même temps, la solution à la crise ne se trouve pas dans cette trajectoire. Le risque, c’est la spirale de la récession.

 

La priorité doit être le combat contre la crise financière, la crise européenne et la crise d’un modèle de développement, pour laquelle nous avons des réponses. Plutôt que de parler d’une redéfinition du cap, il vaudrait d’ailleurs mieux parler de la réaffirmation d’un cap. Il suffit entre autres de relire le discours prononcé par le président de la République à l’issue de la conférence environnementale.

La responsabilité d’une majorité de la gauche et des écologistes, c’est d’être capable de construire l’avenir et de maintenir une vraie redistribution. Pour cela on doit redonner la main à l’investissement et ne pas subir les contraintes. Il faut se donner les moyens d’une transformation en profondeur du système économique et social.

 

Avez-vous été rassurée par la réponse que François Hollande vous a faite en conseil des ministres la semaine dernière ?

Le président de la République a cette grande qualité de toujours garder une sensibilité à l’état du pays. Je pense qu’il est conscient de la profondeur de la crise et du repli réactionnaire qui porte en lui des germes extrêmement violents. L’appel à la manifestation devant le domicile d’une sénatrice est une pratique politique qui remonte très loin... La création d’un site internet pour appeler à huer et secouer les ministres, où qu’ils soient, et quel que soit l’objet de leur déplacement, est tout aussi inquiétante. C’est parce qu’il a mesuré l’ampleur de la crise, que je pense qu’il sait qu’il faut des réponses fortes.

Cécile Duflot à l'Assemblée 
Cécile Duflot à l'Assemblée© Reuters

Mais concrètement quand vous parlez de la trajectoire de réduction du déficit et de la dette, faut-il ralentir le rythme ?

La priorité doit être donnée au devoir d’investissement. Le fétichisme du chiffre n’a jamais fait partie de ma religion. Parce que c’est ce qui empêche d’être intelligent. On peut très bien imaginer que le même objectif puisse dans un cas être sous-évalué, et inatteignable dans l’autre.

Pendant des années, on a artificiellement financé la croissance par de l’endettement. Il faut arrêter, c’est clair. Mais on ne peut pas considérer que le coup de rabot général soit une bonne méthode politique.

 

Il faut donc renoncer aux 3 % de déficit en 2014 ?

On ne peut pas risquer de mettre en cause la cohésion sociale de notre pays pour un objectif chiffré qui ne prend pas en compte la réalité des effets que cela produirait. Il faut aborder frontalement la réalité de l’ampleur de la crise. Nous avons d’ores et déjà fait des efforts drastiques. Je suis résolument fédéraliste et pro-européenne, c’est pour cela que je crois que l’Europe doit être d’abord celle qui élimine l’évasion fiscale avant d’être celle de la discipline budgétaire. Pour sauver l’idéal européen, l’Union doit porter un devoir d’investissement au niveau européen.

 

Le changement de cap que vous prônez devrait-il aussi passer par une autre politique de sécurité, notamment sur la question des Roms ?

Mes positions sont connues sur le sujet. Mais au-delà de l’indignation qui m’étreint, et qui m’étreint en tant que ministre, il faut maintenant travailler à des réponses opérationnelles. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’on ne peut pas tolérer des bidonvilles dans notre pays. Dans les années 1960, on a réussi à les résorber, par une très forte mobilisation de l’État et des collectivités locales. C’est ce que je souhaite aujourd’hui.

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