Woerth, poisson-pilote de Sarkozy à la tête du club des donateurs de l'UMP.

Publié le par Gérard

 

 

"Les gens me voient, ils payent ! À l'américaine." Nicolas Sarkozy a dans les yeux l'enthousiasme du joueur de casino qui vient de rafler la mise. Nous sommes en 2004. Alors fraîchement élu président de l'UMP, il présente devant les cadres du parti sa belle idée : la création d'un club de donateurs fortunés, qui sera un précieux marchepied en vue de la présidentielle de 2007. Avec une fascination envieuse, il s'est inspiré de George Bush, qui a levé des millions de dollars pour financer sa campagne présidentielle grâce aux "charity dinners" organisés par le Parti républicain. Il en sera donc ainsi à l'UMP. Encore faut-il, pour mener à bien ce dessein, une personne de confiance, présentable, un type solide, sérieux, compétent, sensible à l'autoritarisme. Le président de l'UMP a repéré l'oiseau rare : ce sera le bon Éric Woerth, qui ne s'embarrasse d'aucune filiation. En arrivant à l'UMP, Sarkozy a voulu faire tabula rasa des années Juppé et de sa garde rapprochée. Il ne garda que deux hommes : Jérôme Peyrat pour ses connexions avec le clan Chirac et Éric Woerth, donc.

 

Sarkozy le conforte tout de suite dans sa fonction de trésorier du parti et lui demande d'organiser et d'animer le Premier Cercle de l'UMP. Pour cela, Woerth s'entoure de Valérie Hoffenberg, élue de Paris, connue pour l'épaisseur de son carnet d'adresses, et du zélé directeur administratif et financier de l'UMP, Vincent Talvas, l'autre homme du Premier Cercle. "Il était important pour nous de diversifier les sources de financement. Pour cela, il fallait organiser les donateurs au sein d'une même structure", nous confiait Woerth il y a quelques mois. Nous interrogions alors celui qui était encore ministre du Budget - donc des impôts - sur d'éventuels conflits d'intérêts. Son collègue Alain Marleix avait, lui, démissionné de son poste de responsable des élections à l'UMP avant de devenir ministre en charge des collectivités locales. Mais, sûr de sa bonne morale, Woerth nous répondit :"Nous ne sommes pas dans une République bananière, ni dans le mélange des genres. Il n'y a pas de confusion. Je joue un rôle politique à l'UMP, qui est mon parti."

 

Ateliers de travail pour militants dorés

Le lendemain, il réunissait au Bristol - il arrive que les réunions se tiennent aussi au Cercle Interallié - des membres du Premier Cercle, parmi lesquels Laurent Dassault, Sydney Ohana, le chirurgien des stars, Aldo Cardoso, ancien pdg d'Andersen Worldwide, Guillaume Dard, pdg de Montpensier Finance, ou encore de grandes familles françaises, des patrons de PME et des anonymes.

Pour les remercier de leur soutien, Nicolas Sarkozy fait, une fois tous les trois mois, une apparition à ces réunions. Durant près d'une heure, il expose sa vision du monde sous les yeux des convives devenus brusquement très "petits garçons". Pour dénicher ces bienfaiteurs, moins généreux en ces temps de crise, l'UMP a engagé une agence de conseil en communication de mobilisation, Optimus. "Nous avons un rôle de conseil et d'assistance dans le fund-raising", explique un cadre de l'entreprise dirigée par Alexandre Basdereff, directeur général du Service d'information du gouvernement entre 1995 et 1997. Employée d'Optimus, Rebecca Jaffrain (joignable à l'UMP) assure la communication entre le parti et les membres du Premier Cercle. Éric Woerth himself n'hésite pas non plus à écrire, par e-mail, à chacun des donateurs.

 

Afin de les valoriser et de leur signifier qu'ils ne sont pas que des vaches à (bon) lait, l'UMP convie ces militants dorés à des ateliers de travail et les invite à formuler des propositions utiles à l'élaboration d'un programme. En 2007, l'UMP a perçu, au titre de dons de personnes physiques, 9.125.105 euros. Loin, très loin, devant le PS et ses... 743.432 euros.

Le Premier Cercle compte environ 400 adhérents, tous titulaires d'une carte "Premier Cercle Premium" inscrite en italique. Pour l'obtenir, il est nécessaire de débourser dans l'année entre 3.000 et 7.500 euros pour la bonne cause sarkozienne. Et pour contourner ce plafond légal, "beaucoup n'hésitent pas à verser des sommes aux membres de leur famille ou à des amis en leur demandant d'en faire don ensuite à l'UMP. C'est la combine", confie un membre du club. Un autre d'ajouter :"Dès que l'on donne, on reçoit une belle lettre personnalisée de Woerth." Une lettre où il est question d'avenir. 2012, c'est demain : à vos chéquiers !

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