«Une forte recomposition de la droite s’annonce après 2012»

Publié le par Gérard

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L’historien Christian Delporte est directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC).


Comment jugez-vous le positionnement politique de Nicolas Sarkozy dans son interview au Figaro Magazine ?


Je constate que c’est la troisième stratégie de Nicolas Sarkozy. Il y a eu le président protecteur, puis le président courage et maintenant, c’est le président à droite toute. Cela montre qu’il cherche d’abord à bétonner son score au premier tour.

Ce «à droite toute» vous semble-t-il efficace pour rassembler le noyau dur sarkozyste, dans la droite ligne des valeurs de 2007 ?


Une élection ne se gagne pas seulement sur des valeurs. Quand on analyse le vote des catégories populaires qui avaient délaissé le Font national pour l’UMP en 2007, on constate qu’elles étaient sensibles à la sécurité ou l’immigration, mais il n’y avait pas que ça. Elles aimaient beaucoup le Sarkozy président du pouvoir d’achat. Mais son discours en la matière est devenu bancal. D’une part, il est élu depuis cinq ans et, d’autre part, il n’a pas de solutions pour augmenter le pouvoir d’achat des Français. Les seules propositions qu’il formule afin de réduire le chômage consistent à rayer les chômeurs de Pôle Emploi. C’est un peu court. Il y 4,8 millions de chômeurs, on ne peut pas prétendre qu’il y a 4,8 millions de feignants.


C’est la thématique autour de l’assistanat…

Oui. Et ce qui m’étonne, c’est qu’on n’a pas entendu sur le sujet le patron de l’UMP, Jean-François Copé, pas plus qu’Alain Juppé ou des personnalités du centre droit, comme Jean-Louis Borloo ou Hervé Morin. Cela montre un malaise face à ce renversement de stratégie.


Pourquoi ce silence ?

Le premier à droite qui sortira du bois sera accusé de jouer contre son camp. D’autant plus qu’il y a urgence pour Nicolas Sarkozy à remonter dans les sondages afin d’assurer sa présence au second tour. Il faut par ailleurs se souvenir que la fracture à droite entre ceux qui n’ont aucun complexe à récupérer les thèmes du Front national et les autres n’est pas nouvelle. En 1983, Simone Veil et Bernard Stasi étaient assez isolés dans leur refus de faire alliance avec le Front national… Et quelqu’un comme le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, a toujours été partisan, à titre personnel, d’alliances locales avec le FN. Ce débat était censé avoir été tranché par Jacques Chirac en 1991, mais on voit clairement qu’une forte recomposition de la droite s’annonce après 2012.


François Bayrou, qui en appelle aux démocrates-chrétiens et aux républicains, a-t-il les armes pour rassembler la droite en rupture avec Nicolas Sarkozy ?


Il peut rassembler le centre droit, et notamment des gens comme Jean-Louis Borloo ou Hervé Morin, qui ne peuvent pas se retrouver dans le corpus droitier développé par Nicolas Sarkozy. Il en va de même pour un certain nombre de gaullistes attachés à la séparation des pouvoirs. Mais le problème de François Bayrou aujourd’hui, c’est qu’il est à 10% ou 15% dans les sondages et cela n’est pas du tout suffisant pour figurer au second tour. Il est trop bas pour que des personnalités de la majorité présidentielle prennent le risque de basculer. Je ne crois pas qu’on soit dans la perspective de «l’appel des 43»

en 1974.

Publié dans UMP FRONT NATIONAL

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