Un clip incite à "tirer sur les keufs": est-il judicieux pour Brice Hortefeux de porter plainte?

Publié le par Gérard

Pour les syndicats policiers, la chanson est un véritable "appel au meurtre". Mais les rappeurs déjà poursuivis ont tous été relaxés.

Les policiers surveillent le quartier de la Villeneuve, à Grenoble
Les policiers surveillent le quartier de la Villeneuve, à Grenoble
MAXPPP

Il se fait appeler Abdul X, vient de Sèvres (Hauts-de-Seine) et chante "tirer sur les keufs" et "brûler la police" dans un de ses raps, dont le clip circulent sur Internet depuis quelques jours.

Sur le blog de la police, des policiers se sont mobilisés face à ce qu'ils estiment être un "véritable appel au meurtre" et ont demandé à Brice Hortefeux de déposer plainte contre le rappeur. Ce fut chose faite jeudi. Dans la foulée, Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice, a annoncé avoir demandé l'ouverture d'une enquête préliminaire "suite à certains propos relevant de l'apologie du crime", rapporte Le Figaro.


Brice Hortefeux est dans son rôle...

La plainte de Brice Hortefeux a été déposée en vertu du code de déontologie de la police nationale. Il stipule que le ministre doit "défendre les fonctionnaires de la police nationale contre les menaces, les violences, les voies de fait, les injures, diffamations ou outrages dont ils sont victimes".

 

... mais les précédents ne jouent pas en sa faveur

C'est loin d'être la première fois qu'un rappeur est attaqué en justice pour des propos tenus dans une chanson. NTM, le Ministère A.M.E.R, et plus récemment Hamé du groupe La Rumeur figurent sur cette liste. Si certains - comme NTM - ont été condamnés, d'autres - comme Hamé - ont été relaxés.

Contacté par RMC, Olivier Cachin, journaliste spécialiste du rap, explique que "l'intégralité des groupes de rap poursuivis ces dix dernières années ont tous été relaxés. On est bien évidemment sur la liberté d'expression. Il y a une grosse différence entre menacer de mort un policier et prononcer certaines paroles dans un cadre bien défini qui est une chanson de rap, d'un artiste qui fait un morceau, qui contient des paroles, sorties du contexte qui pourraient être comprises comme incitant à commettre des crimes ou des délits".

 

Une polémique qui tombe au bon moment?

Le clip d'Abdul X, posté sur YouTube début juillet, arrive sur la scène médiatique quelques jours après les annonces du gouvernement en matière de politique sécuritaire. Rue 89 fait remarquer que "si des textes existent déjà pour encadrer ce type d'outrage, cela n'empêchera pas certains de tenter d'exploiter cet embryon de polémique pour justifier le virage sécuritaire actuel".

Mais si Abdul X est relaxé, comme le furent d'autres artistes avant lui, Brice Hortefeux tiendra le rôle du perdant... Sans compter que le rappeur aura bénéficié d'une publicité qu'il n'aurait sûrement pas eu si son clip était resté dans les bas fonds de YouTube.

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