Takieddine charge Sarkozy : le retour politique de l'ancien président fragilisé

Publié le par Gérard

Ziad Takieddine aurait affirmé au juge Van Ruymbeke détenir les preuves d'un financement de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi. Ces révélations ouvrent-elles un nouveau feuilleton susceptible de compromettre l'éventuel retour de l'ancien président en vue de 2017 ? Analyse de notre chroniqueur Bruno Roger-Petit.

Édité par Sébastien Billard   Auteur parrainé par Benoît Raphaël

N. Sarkozy à New York, le 11/10/12 (BEHAR ANTHONY/SIPAUSA/SIPA)

 N. Sarkozy à New York, le 11/10/12 (BEHAR ANTHONY/SIPAUSA/SIPA).


Tel le monstre du Loch Ness, voici que ressurgit, tel un marronnier du nouvel An pour presse en mal de feuilleton, Ziad Takieddine, l'homme à la piscine avec Jean-François Copé dedans. Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy.

 

Déjà plusieurs fois mis en examen dans l’affaire Karachi pour complicité et recel d’abus de biens sociaux et faux témoignage, Ziad Takieddine, abandonné par ses anciens amis de l'UMP, a évoqué, voire balancé, le 19 décembre dernier, dans le bureau du juge Van Ruymbeke, des éléments susceptibles d'être embarrassants pour Nicolas Sarkozy et Claude Guéant.

 

Le temps judiciaire n'est pas le temps médiatique

 

À l'origine, l'ancien "intermédiaire" était entendu dans le cadre de l'instruction du juge consacrée au financement de la campagne d'Édouard Balladur de 1995, il en aurait donc également profiter pour évoquer la campagne Sarkozy 2007.

 

"Je peux vous fournir les éléments existants sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy", a-t-il déclaré au magistrat, rapportant plusieurs rencontres entre le secrétaire particulier de Mouammar Kadhafi et Claude Guéant, à l’époque directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur. "Guéant donnait alors à Saleh les indications bancaires nécessaires aux virements", a-t-il encore précisé, affirmant que le dernier Premier ministre du dictateur est "prêt" à fournir les preuves.

 

"J’ai les preuves que trois sociétés françaises ont bénéficié en Libye de contrats pour des prestations fictives (...) Oui, la Libye a financé Sarkozy et Guéant", a conclu l'homme d'affaires à la piscine la plus connue de France. Le montant de cette aide aurait dépassé les 50 millions d'euros.

 

La raison, comme toujours lorsqu'un homme aux abois se "met à table", commande de rester prudent, dans l'attente d'en apprendre davantage.

 

Le problème, c'est que cela risque de prendre du temps, beaucoup de temps. Le temps judiciaire français n'est pas le temps médiatique, donc politique. Il suffit pour en être convaincu de songer à l'objet même de l'enquête dans le cadre de laquelle Takieddine a été entendu : la campagne Balladur 1995. Des faits vieux de dix-huit ans... 

 

En clair : en attendant leur vérification et leur confirmation éventuelle, ce qui, au rythme de la justice française risque de prendre un certain temps, les révélations de l’intéressé vont agir comme un poison lent dans l'opinion et elles ne pourront pas ne pas avoir d'impact sur la personne de Nicolas Sarkozy, donc, sur son avenir.

 

Une épée de Damoclès redoutable

 

Compte tenu des acteurs éventuellement impliqués et ce que l'on sait déjà de l'histoire écrite, la machine à imaginaire va se mettre en route.

 

Ainsi, le colonel Kadhafi aurait financé le futur président de la République française avant d'être reçu en grande pompe par ce dernier au début de son quinquennat (ah, la fameuse visite à Paris en 2007) puis renversé (en grande partie) par ce même Sarkozy quatre ans plus tard, le tout se terminant dans les conditions que l'on sait.

 

Si ce que raconte aujourd'hui Takieddine est vrai et établi par la suite (ce que l'un des fils de Kadhafi, Seif Al-Islam, avait déjà déclaré en mars 2011), outre les conséquences judiciaires que cela entrainerait, le portrait de Nicolas Sarkozy en homme d’État en sortirait pour le moins entaché.

 

De la constatation précédente, il s'ensuit qu'un éventuel retour en politique active risque d'être plus que compliqué pour l'ancien président de la République. Jusqu’à ces derniers jours, l'ancien président semblait pourtant bénéficier des bonnes grâces d'une opinion heurtée par l’affrontement Fillon - Copé. Le grand vide laissé par le grand chef de la droite pendant cinq ans n'avait pas été comblé, et il en tirait profit.

 

Les accusations de Takieddine, teasing politico-médiatique appelé selon toute vraisemblance à d'autres développements et rebondissements (poison lent), ne sont pas de nature à ramener spontanément à Sarkozy ceux des électeurs FN ou centristes qui ne constituent par le cœur de l'électorat UMP, aveugle et sourd dès qu'il s'agit de la personne du président déchu.

 

La suspicion que l'ancien président ait pu bénéficier des bontés d'un dictateur épouvantable avant de provoquer sa chute pour des raisons que l'on ne devine pas nécessairement guidées par le souci de libérer un peuple opprimé n'est pas un vecteur de rassemblement allant au-delà de la sphère UMP.

 

En jouant du trio "argent, corruption et dictateur", redoutable amalgame, et en prétendant détenir les preuves de ses accusations, Takieddine a suspendu au-dessus de la tête de Sarkozy une épée de Damoclès d'autant plus redoutable qu'il n'est même plus besoin d'en couper le fil pour en mesurer les effets destructeurs. Sarkozy 2017, c'est déjà fini ?

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