Takieddine à "On n'est pas couché" : un mauvais procès fait à Laurent Ruquier

Publié le par Gérard

LE PLUS. La prestation de Ziad Takieddine sur France 2, dans l'émission de Laurent Ruquier "On n'est pas couché", vaut à l'animateur bien des critiques lui reprochant de s'être fait manipuler par un individu sans scrupules. Et si, malgré tout, l'animateur avait bien fait de l'inviter ? Analyse de notre chroniqueur Bruno Roger-Petit.

Édité par Sébastien Billard   Auteur parrainé par Benoît Raphaël

Takieddine dit détenir des preuves du financement de la campagne de Sarkozy par Kadhafi. Ici en octobre 2012 (ANTONIOL A./Sipa)

 Takieddine dit détenir des preuves du financement de la campagne de Sarkozy par Kadhafi (A.ANTONIOL/SIPA).

 

Vu Ziad Takieddine dans l'émission de Laurent Ruquier, "On n'est pas couché", sur France 2. Vu l'homme d'affaire devenu homme des affaires de la sarkozie défaite, tenter de transformer un plateau de télévision en annexe du bureau d'un juge d'instruction.

 

Il est déjà beaucoup reproché à Laurent Ruquier, sur le réseau social Twitter notamment, d'avoir convié Takieddine à venir s'exprimer dans une émission du service public. Il est vrai qu'une partie des critiques est fondée.

 

Le trio Ruquier, Polony et Caron manipulé

 

Car il faut bien le dire, Takieddine a manipulé et instrumentalisé le trio Ruquier, Polony et Caron pour les besoins de sa cause.

 

Il les a roulés dans la farine, de la même façon que David Koubbi, avocat de téléréalité la plupart du temps, avait transformé le plateau d'ONPC en seconde cour d'appel, vouée à obtenir sur un plateau télé la relaxe de Jérôme Kerviel qu'il n'avait pas obtenue face à un vrai tribunal, avec de vrais juges.

 

Car Aymeric Caron, en dépit de sa bonne volonté et de son intransigeance revendiquée n'est pas Renaud Van Ruymbeke.

 

Certes talentueux et intelligent, comment un journaliste tel que lui pouvait croire un seul instant qu'il lui suffirait de demander à Takieddine de "jurer de dire la vérité, rien que la vérité" pour que celui jouât le jeu en toute honnêteté ? Aymeric a de ses naïvetés, parfois, qui font tout son charme et forcent notre admiration...

 

Pour tout dire, "On n'est pas couché" aurait dû être rebaptisée "Faites entrer l'accusateur". Durant près d'une heure, Takieddine s'est employé à faire peser sur ceux qui ont eu recours si longtemps à ses services et l'ont abandonné, tant de suspicions et de soupçons.

 

Jeter de la suspicion sur d'anciens amis

 

Le téléspectateur l'a entendu répéter avec insistance combien il était l'ami de Jean-François Copé... 

 

Le téléspectateur l'a entendu pratiquer l'art du name dropping avec habileté, citant l'essentiel du personnel politique de la droite française, essentiellement la famille politique Balladuro-sarkozyste, allant même jusqu'à impliquer Philippe Séguin au détour d'une phrase, ce dernier n'étant plus là pour le démentir. Bonjour le procédé... 

 

Le téléspectateur l'a aussi entendu se vanter d'avoir joué un rôle majeur dans l'affaire de la libération des infirmières bulgares, mettre en cause le Qatar, teaser des rendez-vous secrets avec le neveu d'une personnalité influente des affaires du monde, se vanter de posséder des CD accablants pour l'ancien régime sarkozyste.

 

Et on en passe, tant l'ancien intermédiaire s'est ingénié à entrouvrir quantité de portes pour les refermer aussitôt, le tout dans le but évident de jeter suspicion et soupçon sur ses anciens amis politiques.

 

Bref, il y eut un moment où l'observateur, de bonne foi, assistant à ce sidérant moment de télévision, se demandait si l'accusateur n'était pas aussi un maître chanteur particulièrement détestable, et si le trio Ruquier-Polony-Caron ne méritait pas d'être mis au pilori d'Acrimed ou de Rue 89 pour manquement à tous les devoirs du journalisme, de l'animation et de la chronique...

 

(A ce sujet, par pitié, que l'on épargne à Ruquier la tarte à la crème jeté par les paresseux procureurs de la télévision qui pensent que chercher à être regardé par un maximum de téléspectateurs sur le service public, c'est le mal, et que l'infotainment, c'est le démon. Pitié, pas ça...).

 

Un interview éclairant 

 

On se gardera donc bien d'accabler Ruquier et France 2, car, à y bien regarder, l'émission fut éclairante. Comme le disait Marc Aurèle (c'est le moment de la citation qui vous pose le billettiste) : "L'homme doué de raison peut faire de tout obstacle une matière de son travail et en tirer profit". C'est le cas avec cette émission d'ONPC, en dépit des apparences (et des ratages évidents dans le cours de l'entretien).

 

Ziad Takieddine a en effet commis le péché d'orgueil de se croire plus fort que la télévision, éternel point faible de tous les manipulateurs narcissiques qui passent dans le poste.

 

Donc, il s'est révélé tel qu'il est. A force de faire peur avec lui-même, de se présenter en Belzébuth machiavélique, il a campé un personnage épouvantable, suspect de mythomanie et mégalomanie, de perversité et cynisme, en tous points peu recommandable. On ne trompe jamais la télévision, elle vous montre toujours telle que vous êtes, surtout si vous pensez la dominer.

 

Cette information (confirmation ?) quant à la qualité humaine de l'invité vedette d'ONPC valait la peine d'être portée à la connaissance du grand public, et de ce point de vue, in fine, il est juste d'accorder à Laurent Ruquier le mérite d'avoir permis d'accéder à la vérité de l'homme Takkieddine. Et ça n'est pas rien, quand bien même ce dernier a eu beau jeu de brouiller les pistes. C'est même très instructif sur un plan politique.

 

Les errements de la droite française

 

Car mise en perspective, cette donnée est vertigineuse : c'est donc cet homme là qu'ont fréquenté Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, Brice Hortefeux, Jean-François Copé et bien d'autres, l'impliquant, durant près de vingt ans, dans des affaires mettant en jeu les intérêts vitaux de la France ?

 

Quand on y songe, c'est sidérant, et ô combien révélateur de l'état moral et politique de cette partie là de la droite depuis vingt ans... Cette révélation est accablante, et ce, dans tous les cas de figure, que ce que raconte l'incroyable Takieddine soit vrai ou faux...

 

Les plus sévères et intransigeants diront sans doute qu'en deux siècles, les chaussettes Gamarelli ont remplacé les bas de soie, mais on les en dissuadera, car ce serait vraiment trop injuste pour Talleyrand.

 

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