SONDAGE. Le bref élan de Sarkozy

Publié le par Gérard

Son entrée en campagne devait être un coup de tonnerre ! Raté. Au second tour, le président-candidat demeure balayé par son adversaire socialiste.  Un sondage TNS-Sofres en partenariat avec Sopra Group pour "Le Nouvel Observateur" et i>Télé.

 
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  Nicolas Sarkozy en meeting à Marseille, le 19 février (Sipa)
Nicolas Sarkozy en meeting à Marseille, le 19 février (Sipa)
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Comment présenter comme un exploit ce qui devrait être la norme, au premier tour de l'élection présidentielle ? Fin décembre, les stratèges sarkozystes avaient déjà annoncé comme inéluctable le croisement de la courbe de leur champion et de celle de François Hollande. Pour eux, aucun doute : le candidat socialiste, décidément surcoté, allait être ramené à sa vraie valeur, laissant du même coup un président pas encore en campagne déployer sa force et donc une dynamique victorieuse.

 

Fin février, à l'heure où traditionnellement les rapports de force se cristallisent dans l'opinion, Nicolas Sarkozy et les siens ont tenté à nouveau la manœuvre. Avec un succès une fois encore mitigé. Le candidat sortant a fini par sortir de ses ambiguïtés. Son entrée en campagne s'est doublée d'un bombardement médiatique brutal et intense. Résultat des courses : il gagne certes deux points en un mois, mais François Hollande continue à le distancer. Par rapport à la précédente enquête Sofres, réalisée au lendemain de son meeting du Bourget, le candidat socialiste recule d'un point et demi mais, avec 30% des voix au premier tour, il poursuit sa course en tête et, au second, sa victoire demeure écrasante (57%, contre 43%).

Nicolas Sarkozy ne parvient pas à rattraper son retard initial. Sous la Ve République, il y a pourtant une règle qui n'a jamais été encore démentie. Un président sortant, lorsqu'il se représente, arrive toujours en tête au premier tour. Ce fut le cas pour Valéry Giscard d'Estaing en 1981, mais aussi pour François Mitterrand en 1988 et Jacques Chirac en 2002. Plus grave encore pour le candidat de l'UMP, c'est toute sa stratégie de rassemblement de son camp, dès le tour initial qui montre une nouvelle fois ses limites. Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy avait signé sa victoire en distançant d'emblée Ségolène Royal, sa rivale socialiste (32%, contre 26%). C'est à partir de cet élan qu'il avait pu entraîner, derrière lui, les forces éparses d'un centre d'opposition et d'une extrême-droite réduite à la portion congrue.

 

En 2012, la stratégie demeure, mais elle fonctionne désormais à l'envers. Pas encore de vraie dynamique au premier tour. Pas suffisamment de réserves au second pour éviter, au final, une défaite cuisante. Dans l'histoire de l'élection présidentielle, il n'y a pas d'exemple, en tout cas, d'un candidat aussi largement distancé, à moins de deux mois du scrutin, et qui ait su inverser la tendance dans un laps de temps aussi court. On pourrait en conclure que, d'ores et déjà, les jeux sont faits. Dans l'état actuel du rapport de force, François Hollande reste le grandissime favori de la compétition.

 

Mais il demeure encore trop de zones d'incertitude, notamment dans la distribution de l'offre, pour qu'on puisse prédire, dès à présent, que le choc du 6 mai sera bien le référendum attendu – pour ou contre Nicolas Sarkozy – avec le résultat prévu, compte tenu du niveau record d'impopularité de l'actuel président. Pour comprendre la logique de l'élection présidentielle, cru 2012, les mêmes questions reviennent inlassablement, et ce n'est pas parce que l'échéance est désormais proche que les réponses ont soudainement un air d'entière évidence

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Première question?: qui sera vraiment en lice ?

Quatre candidats, testés fin janvier par la Sofres, sont sortis du jeu. Trois par la droite?: Christine Boutin, Hervé Morin et Frédéric Nihous. Un par la gauche?: Jean-Pierre Chevènement. Cela explique sans doute, à la marge, la nouvelle progression sarkozyste. Tout cela reste cependant anecdotique au regard de l'enjeu de la candidature FN. Rien ne dit que l'absence de Marine Le Pen, faute des 500 parrainages, modifierait le rapport de force global.

 

Mais, à l'évidence, elle bouleverserait profondément les rapports de force du premier tour en faveur du président candidat. On n'en est pas encore là. Mais, dans un contexte de bipolarisation imparfaite, étant donné le haut niveau (17%, plus un point) promis à la championne lepéniste, l'enjeu de sa candidature et de sa campagne demeure essentiel. Alors que François Bayrou décroche (10,5%, moins un point et demi) au point d'être talonné désormais par Jean-Luc Mélenchon, la clé de la présidentielle se trouve, une fois encore, à la droite de la droite.

 

Deuxième question : quelles sont les dynamiques à l'œuvre??

En fonction de leurs agendas de campagne respectifs, François Hollande et Nicolas Sarkozy bénéficient, tour à tour, d'un petit élan supplémentaire. Sur le long terme, on constate toutefois que le premier reste solidement installé à un niveau inédit pour un candidat socialiste de cet acabit, alors que le second est sorti, lentement mais sûrement, de la zone à haut risque qui faisait croire à la possibilité d'un 21 avril à l'envers.

Quand la campagne officielle s'ouvrira, avec l'égalité des temps de parole qui en découle entre tous les candidats, il est probable que les deux hommes retrouveront des niveaux moins flamboyants. Même si la bipolarisation s'installe dès le premier tour, le total droite républicaine comme le total gauche sont aujourd'hui historiquement bas. C'est là tout le paradoxe de cette élection à la fois hors norme et écrite d'avance?: elle installe un duel inégal entre deux hommes, tout en soulignant le déclin des anciens clivages partisans.

 

Troisième question : adhésion ou rejet ?

Chez les stratèges sarkozystes et leurs relais médiatiques, il est de bon ton, ces temps-ci, de contester la validité des sondages. Puisque l'opération "croisement de courbes" tarde à se concrétiser, autant brouiller les repères, en oubliant au passage une donnée essentielle?: la crédibilité des différents instituts, vérifiable sur la durée…

Dans ce contexte, on explique notamment que les sondages de second tour, parce qu'ils sont purement hypothétiques, n'ont aucune valeur, sans que l'on comprenne d'ailleurs pourquoi ceux qui tiennent ce raisonnement réalisent les enquêtes dont ils prétendent douter?! Ce type de sondage pour le duel final permet moins de mesurer des niveaux que de comprendre les clés de report des électeurs, surtout quand ils ont choisi des candidats éliminés au premier tour. C'est là que va se jouer l'élection du 6 mai 2012. C'est là que se trouve la faiblesse persistante de Nicolas Sarkozy. C'est là surtout que se trouve la clé de sa défaite annoncée.

Quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, le président-candidat ne parvient toujours pas à abaisser les niveaux de défiance à son égard, hors des cercles de la droite classique. Quand il progresse un peu, c'est chez les retraités, alors que son retard dans les catégories populaires demeure abyssal. Au second tour de la présidentielle, ses réserves sont étonnamment faibles. Il ne gagne que 15 points, d'un tour à l'autre, alors que la réserve des électeurs orphelins est de 42 points.

 

Tant que Nicolas Sarkozy n'attirera qu'un tout petit tiers des sympathisants de François Bayrou et de Marine Le Pen, tant qu'il ne sera pas parvenu à arracher à l'abstention les déçus du premier tour, tant qu'il n'aura pas été capable de réaliser ce tour de force apparemment -illusoire de rassembler dans un même élan vrais centristes et lepénistes de toujours, alors on pourra toujours gloser sur les courbes de premier tour?! Mais la présidentielle de 2012 n'aura pas changé de nature. Dans l'état actuel des forces, Nicolas Sarkozy a perdu.

 



Intentions de vote février 2012 TNS Sofres

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