"Sarkozy n’a cessé de demander ma tête"

Publié le par Gérard

INTERVIEW - Directrice de cabinet de Patrick Devedjian au conseil général des Hauts-de-Seine, Marie-Célie Guillaume signe un brulot contre Nicolas Sarkozy, son fils Jean et ses courtisans. Dans Le monarque, son fils, son fief (aux éditions du Moment), qui sera en librairie jeudi, l’auteure raconte l’incroyable bras de fer qui a opposé pendant quatre ans l’ancien président de la République à Patrick Devedjian, son ami de 30 ans qui lui avait succédé à la tête du "92". Un récit écrit sur le mode littéraire et satirique avec des surnoms qui devrait provoquer un beau pataquès chez les amis de l’ex-chef de l’Etat et les élus sarkozystes du "Sarkoland".

Patrick Devedjian et Marie-Célie Guillaume

Marie-Célie Guillaume est la directrice de cabinet de Patrick Devedjian. (Maxppp)

 

Pourquoi avoir écrit ce livre sur les coulisses du bras de fer entre Nicolas Sarkozy et Patrick Devedjian pour le contrôle des Hauts-de-Seine?
Au départ, je ne comptais pas en faire un livre. J’avais besoin de prendre de la distance par rapport aux quatre années d’affrontement entre Patrick Devedjian et Nicolas Sarkozy, que j’ai vécues douloureusement de l’intérieur. Je n’ai pas été un simple témoin mais partie prenante, jusqu’à en être un enjeu puisque le Monarque (alias Nicolas Sarkozy) n’a cessé de demander ma tête. Cette histoire méritait d’être racontée, car c’est celle d’un homme seul face à un système et au Monarque qui a mis tous ses moyens et son pouvoir pour favoriser l’ascension de son fils au détriment de son ami de 30 ans. Pour prendre du recul, j’ai choisi une forme de récit à la fois littéraire et satirique.

Les surnoms ne trompent personne…
Certes. Mais les surnoms ne sont pas tous de moi! Parfois, ce sont ceux que les politiques se donnent entre eux. Certains (ndlr, l’auteure appelle un élu le "trépané du local" ou surnomment les Balkany les "Thénardier") ont même été attribués par Nicolas Sarkozy en personne.

L’avez-vous écrit avec l’autorisation de Patrick Devedjian?
Je ne l’aurais pas fait contre sa volonté, mais il a respecté ma liberté. Ce n’est pas une commande. Patrick Devedjian aurait d’ailleurs préféré que je le publie à un autre moment. C’est une démarche personnelle. Il y a un moment où il faut dire les choses. 

Malgré les surnoms et la forme satirique du récit, les dialogues sonnent vrais et sont d’une violence inouïe…
-Je raconte l’histoire des Hauts-de-Seine. Je montre ce qu’ont été les moeurs politiques dans ce département du plus haut sommet de l’Etat jusqu’à l’échelon local. Et quand  il n’y a plus de journalistes et d’électeurs, les dialogues sont toujours crus. Mais ce n’est pas l’apanage de ce territoire. La violence existe à droite comme à gauche. Elle existe dans ces lieux considérés comme des fiefs. J’imagine que cela ne doit pas être différent dans les Bouches-du-Rhône ou ailleurs. L’histoire que je raconte touche justement à deux tabous : le fief et la famille. Les Hauts de Seine ont été le terreau de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Mais dès le lendemain, il y a subi des revers annonciateurs de sa défaite de 2012 : la perte de Neuilly, l’affaire de l’Epad.

La droite accumule les revers politiques dans les Hauts-de-Seine. "Sarkoland" peut-elle passer à gauche?
Je ne le crois pas. La droite s’y maintient. Au Conseil général, la majorité départementale autour de Patrick Devedjian est composée d’élus de différentes sensibilités : UMP, Nouveau centre et divers droite, et cela se passe très bien. Sur le plan national, les Hauts de Seine sont appelés à jouer un rôle important dans l’opposition à François Hollande.

Bruno Jeudy - Le Journal du Dimanche

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