Sarkozy-Fillon, la fin.

Publié le par Gérard

Sarkozy-Fillon, la fin

Entre Nicolas Sarkozy et Francois Fillon, ici en mai 2010, les périodes d'harmonie se font de plus en plus rares.  

 

Officiellement, rien n'est décidé. Mais c'est désormais une question d'autorité présidentielle: le chef de l'Etat n'a guère d'autre choix que de se séparer de son Premier ministre. Aux tensions personnelles s'ajoutent - de plus en plus ouvertement - des divergences politiques.

 

"Mais pourquoi y a-t-il plein de gens qui veulent prendre leurs distances avec moi?" Nicolas Sarkozy ne comprend pas. A l'inter-locuteur avec lequel il échange, en ces derniers jours d'août, sur la situation politique au terme de ce fol été, il le dit sans détour. D'autant qu'il est persuadé d'avoir totalement réussi sa séquence sécuritaire et marqué des points dans la perspective de 2012. 

 

Le casting pour remplacer Fillon

Michèle Alliot-Marie
Avantages Son expérience des portefeuilles régaliens (Défense, Intérieur, Justice) lui apporte une connaissance des rouages de l'Etat confortable pour un prési-dent en campagne. Son ancrage gaulliste rassurerait la base de Nicolas Sarkozy et réduirait l'audience de Dominique de Villepin. Face à l'ascension de Martine Aubry, le chef de l'Etat peut vouloir jouer la carte femme.
 

Inconvénients A 64 ans, la garde des Sceaux n'incarne ni la rupture ni la modernité, dont le chef de l'Etat aurait voulu être le symbole. Le président ne l'a jamais aimée.

Jean-Louis Borloo
Avantages Sa créativité politique en fait une figure originale de la majorité présidentielle. Sa popularité peut lui permettre de faire passer plus aisément des mesures de rigueur qui s'annoncent incontournables.
Inconvénients Si Jean-Louis Borloo est le plus capé des centristes, c'est plutôt à la frange la plus à droite de son électorat que Nicolas Sarkozy veut d'abord s'adresser. Le ministre de l'Ecologie passe pour un dépensier. Enfin, tiendrait-il le choc à un poste si exposé?

Jean-François Copé
Avantages La nomination à Matignon du patron du groupe UMP aurait un vrai sens politique: Nicolas Sarkozy montrerait qu'il tient compte des rapports de forces internes à la majorité. Ex-ministre du Budget, quadra, il a pris en trois ans une nouvelle dimension.
Inconvénients Son ambition est d'abord personnelle. Il divise la droite : la tribune, sous forme de démonstration de force, qu'il a cosignée dans Le Figaro du 4 septembre avec François Baroin, Christian Jacob et Bruno Le Maire n'a pas diminué le nombre de ses ennemis.

François Baroin
Avantages En six mois, le ministre du Budget a montré son utilité politique. A son poste, ce quadra chiraquien personnalise la rigueur. Sa nomination faciliterait la réconciliation de toute la majorité en vue de 2012.
Inconvénients Avant de travailler avec lui, Nicolas Sarkozy s'en est toujours méfié. Lui-même a longtemps pointé les faiblesses du chef de l'Etat.

Et aussi...
Brice Hortefeux Sa fidélité au président est sans faille. Si Nicolas Sarkozy veut s'élever au-dessus des dossiers sécuritaires, le ministre de l'Intérieur a le profil idéal.
Bruno Le Maire S'il est brillant et fin connaisseur de l'Etat, le ministre de l'Agriculture manque encore un peu d'épaisseur politique.  
 

Le président ne comprend pas. Ou plutôt, il comprend trop bien. La droite se braque, les ministres craquent, les ex taclent. Il ne décolère pas contre Bernard Kouchner et Hervé Morin. Se montre volontiers sévère à l'égard de deux anciens chefs de gouvernement, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin, auxquels il reproche un manque de loyauté.  

 

Et l'actuel Premier ministre n'est jamais le dernier à être criblé de flèches présidentielles. Pas courageux, n'endossant rien, toujours aux abonnés absents: n'en jetez plus. En ce retour de vacances, tout l'énerve chez François Fillon. Même certains de ses arbitrages pour le budget de 2011, sur le logement étudiant ou l'allocation handicapés, qu'il retoque en maudissant l'absence de savoir-faire de son chef de gouvernement. 

 

Rares périodes d'harmonie

François Fillon, ou comment s'en débarrasser. C'est l'une des questions de la rentrée. L'une de ces ruptures chères au candidat Sarkozy quand s'annonce une campagne électorale. Le 24 août, un communiqué jette un froid. Il est intitulé "Réunion de ministres sur les Roms" et permet à François Fillon de marquer sa différence : "La lutte contre l'immigration irrégulière ne doit pas être instrumentalisée de part et d'autre." Les participants tombent des nues en découvrant le texte: à aucun moment, pendant ladite réunion, un peu plus tôt à Matignon, le Premier ministre n'a dit ce que le compte rendu exprime clairement. Jouerait-il un jeu personnel par rapport à l'opinion? Nicolas Sarkozy n'a aucun doute.  

 

Dès le lendemain, lors de leur tête-à-tête du mercredi, il explose. Explication de gravure, explication de texte: "Tu pensais à qui ?" Le chef du gouvernement balance un nom: "Estrosi." Le président ne s'en laisse pas conter: "Mais il n'a pas parlé des Roms !" - le ministre de l'Industrie avait évoqué des sanctions contre les maires défaillants en matière sécuritaire. D'un communiqué l'autre. Le 31 août, François Fillon rend hommage à Laurent Fignon sans attendre le message du chef de l'Etat, qui arrivera une dizaine de minutes plus tard. C'est à cela que l'on reconnaît la fin des couples: chacun ne fait plus attention à l'autre.  

 

Depuis l'entrée en scène du duo, les périodes harmonieuses auront été rares. La communication passe parfois si mal que Nicolas Sarkozy ne veut plus parler à son Premier ministre. Le samedi 30 janvier, le président appelle l'un de ses fidèles et lui demande de téléphoner à François Fillon. Lui n'a pas envie de le faire. Le chef du gouvernement a donné une interview au Figaro, pour souligner "les efforts budgétaires sans précédent" que le pouvoir s'apprête à accomplir. De la rigueur avant toute chose, mais pas un mot sur le procès Clearstream, dans lequel le jugement vient d'être rendu - l'entretien figure, il est vrai, dans le cahier économie du quotidien. Quatre jours plus tard, le Premier ministre, sur Europe 1, veillera à afficher sa loyauté.  

Au printemps, c'est la réforme des retraites qui met en lumière leur mésentente. Le samedi 22 mai, plusieurs médias révèlent que les choix du gouvernement se précisent (l'âge légal va passer à 62 ou 63 ans). L'Elysée fulmine et assure qu'aucune décision n'a été prise. L'auteur des fuites est vite identifié: il s'agit de François Fillon. La veille, il a reçu discrètement quelques journalistes. "Il ne m'a jamais parlé de 63 ans !" s'étrangle le chef de l'Etat. Aux oreilles présidentielles est également revenu le scepticisme du locataire de Matignon sur la stratégie de communication au long cours retenue. "Va-t-on encore pouvoir continuer longtemps comme cela?" s'interroge le Premier ministre lors d'un déjeuner avec des députés UMP.  

 

En mai, ils ne peuvent plus se voir

Les critiques à voix haute se multiplient, surtout dans la bouche du président. "Moi, je vois beaucoup de parlementaires, Fillon ne le fait même pas !" lâche un jour Nicolas Sarkozy. En mai, devant des journalistes, sans même citer celui qui était alors ministre des Affaires sociales, il observe: "La réforme des retraites de 2003 a failli tuer la CFDT, c'était une grave erreur. Elle coûtait plus cher que le système qu'elle était censée réformer, tout le monde le sait."  

François Fillon continue un temps d'avoir des pudeurs de Premier ministre. "Je ne pourrais pas dire à Nicolas le dixième de ce que tu dis", glisse-t-il à Luc Ferry, très libre dans ses chroniques du Figaro. Mais le comportement du chef de l'Etat à son égard le choque depuis tellement longtemps. Souvent, il se plaint de sa "méchanceté". Le 5 mai, comme avant chaque Conseil des ministres, il attend dans l'antichambre du bureau présidentiel, en compagnie du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, que Nicolas Sarkozy le reçoive. L'heure tourne et la porte reste fermée. Quand elle s'ouvre enfin, apparaissent... des journalistes. Le chef de l'Etat prenait tranquillement son petit déjeuner avec eux. Un huissier demande au Premier ministre de descendre directement salon Murat, le président l'y rejoindra. Quelle expression de la langue française décrit le mieux la vérité de cet instant? Ce mercredi, ils ne peuvent plus se voir.  

 

Comment, alors, déceler la moindre complicité entre eux? C'est un autre genre de veste. Le 20 août, François Fillon, venu à Brégançon rencontrer Nicolas Sarkozy, n'aura pas été convié au cap Nègre, pourtant situé à quelques kilomètres de là. "Il n'est pas passé par la case affective", relève un ministre. L'an passé, à la veille de la rentrée, le Premier ministre y avait pourtant été invité en compagnie de Penelope, son épouse.  

 

Depuis ce tête-à-tête d'une heure - une rareté entre les deux hommes, peu habitués à se regarder dans le blanc des yeux pendant si longtemps - depuis que le président lui a explicitement indiqué qu'il envisageait une suite sans lui, François Fillon apparaît comme un homme libéré. "Il est détaché", rapporte un ministre. "Il est cool, apaisé, décontracté", constate un autre. Lorsqu'il reçoit un membre de son gouvernement, il préfère passer une heure à évoquer les vacances ou le passé plutôt que des dossiers techniques. "Il estime qu'il a fait le job et qu'il n'est pas forcément de son intérêt de rester", note un fidèle.  

 

Fillon, une popularité éphémère?

François Fillon soupèse aussi l'hypothèse, évoquée par Nicolas Sarkozy, de devenir secrétaire général de l'UMP. Spontanément, il a plutôt envie d'une longue pause pour se reposer et réfléchir. "C'est une vraie connerie de devoir retrouver son siège de député un mois après son départ du gouvernement", confiait-il récemment à un ministre, faisant allusion à la révision constitutionnelle de 2008, pourtant mise en place par son gouvernement.  

 

Partir, sans être en miettes. En mars, au moment des régionales, Nicolas Sarkozy a entendu Jean-Pierre Raffarin: "Sais-tu user un Premier ministre ?" Pendant l'été, il a écouté Edouard Balladur: François Fillon doit partir. Depuis la rentrée, le président reste prudent, même si un ministre parmi ses proches avance: "Le départ de Fillon est acté."

 

 "Quand on connaît le caractère du chef de l'Etat, il ne peut pas accepter de conserver à ses côtés un homme qui est à ce point plus aimé que lui", relève un ministre. Quelle popularité? Elle est exécutée d'un revers de la main par un homme du président: "C'est la force du judoka qui s'appuie sur l'autre. Trois mois après son départ de Matignon, il ne pèsera plus rien."

  

Ce n'est plus seulement l'histoire d'une exaspération humaine. C'est désormais un problème d'autorité politique. Dès lors que "la question [d'un nouveau Premier ministre] se pose", comme l'a indiqué Claude Guéant, le 5 septembre sur Europe 1 - une interrogation publique assez inédite - la réponse ne peut être que dans un départ de l'actuel locataire de Matignon. "Fillon maîtrise la situation. Il tient le président", dit un ministre. "La situation s'est retournée en sa faveur, ajoute un ex-membre du gouvernement. L'histoire retiendra que son passage à Matignon aura été un succès." Le jugement sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy est, lui, encore incertain...  

 

Au lendemain des régionales, l'AFP rapportait un propos du chef de gouvernement devant les députés UMP, qui dévoilait son état d'esprit de plus en plus assuré: "La légitimité du Premier ministre dépend du président de la République et de la majorité parlementaire qui lui accorde sa confiance." "Inacceptable", s'étouffa un haut responsable de la majorité. Au lendemain du remaniement annoncé, si Nicolas Sarkozy maintient François Fillon, celui-ci passera pour l'homme fort du système.  

 

Son successeur à Matignon n'aura que dix-huit mois à tenir. Le casting se fondera donc sur des critères différents. Mais le chef de l'Etat sait-il vraiment valoriser les ressources humaines de son camp? Il a tant médit sur Michèle Alliot-Marie, aujourd'hui la favorite pour Matignon.

 

 "Si on lui avait dit, avant 2007, qu'elle serait la Premier ministre de la fin de son quinquennat, il nous aurait ri au nez", s'amuse un intime. Après avoir égrené longuement les qualités de MAM, un ministre ouvre la colonne des inconvénients : "Il ne peut vraiment pas la saquer!" Ce n'est pas le cas de Jacques Chirac. L'ex-président a raconté à ses visiteurs tropéziens qu'elle avait, selon lui, toutes les qualités requises pour un tel poste - même si lui recula in extremis, en 2005, après avoir décidé de la nommer.

  

2012: des ébauches de réponse face à la gauche

De la difficulté à gérer les femmes, de la difficulté à gérer les hommes. En conviant, en août, Jean-Louis Borloo à un dîner au cap Nègre, Nicolas Sarkozy a fait deux mécontents. Le ministre de l'Ecologie, d'abord, qui ne sait plus sur quel pied danser. Sans doute a-t-il appris que le chef de l'Etat le présentait comme "le plus intelligent" à certains des élus avec lesquels il a discuté. Du coup, il a cru son heure arrivée. "Tu es venu seul ?" : le président l'a accueilli, surpris que le ministre se soit déplacé sans son épouse, alors qu'il avait prévu un moment de détente. C'est que Borloo voulait parler politique. Il l'a finalement fait avec le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, au cours d'un long repas. Mais le ministre d'Etat l'a confessé à un ami : il redoute la stratégie de l'"évitement" - c'est son mot - qui conduirait à l'immobilisme au sommet du pouvoir.  

 

L'invitation du n°2 du gouvernement n'a pas davantage plu à François Fillon. Les deux hommes ont des relations tendues. Lors de l'examen du Grenelle 2 à l'Assemblée, au printemps, le ton entre eux est monté très haut. En désaccord avec les arbitrages de Matignon sur la suppression de niches fiscales, Borloo a menacé de ne pas siéger au banc du gouvernement et de demander publiquement au Premier ministre de défendre lui-même ses choix. Personne n'aime son successeur - cela n'empêchera pas le président de trancher. Un choix parmi d'autres.  

Car, cet été, si l'Elysée a procédé à un sérieux ravalement de façade, celle donnant sur les jardins, Nicolas Sarkozy a réfléchi de son côté à une possible révolution de palais. D'ici à la fin de l'année, plusieurs membres de son entourage direct auront changé. La direction de l'UMP devrait être renouvelée. Il a aussi anticipé les répercussions politiques de l'affaire Woerth-Bettencourt.

 

 Dès la mi-août, il a su que les enquêteurs avaient mis la main sur la lettre que le ministre du Travail lui avait adressée, en mars 2007, pour soutenir l'octroi de la Légion honneur à Patrice de Maistre - un courrier dont L'Express a révélé l'existence dans son numéro du 1er septembre et qui contredit totalement les affirmations précédentes d'Eric Woerth. Celui-ci a également été informé, alors qu'il passait ses vacances à Chamonix (Haute-Savoie).  

 

Mais le chef de l'Etat ne veut pas entendre parler d'un mini-remaniement. Au-delà des manifestations du 4 septembre sur la sécurité - qui ont l'avantage, à ses yeux, de pointer les divisions de la gauche sur un sujet régalien - au-delà de la journée d'action du 7, le président mise sur la réforme des retraites pour éclairer différemment l'ensemble de son quinquennat, et sur le nouveau gouvernement de novembre pour chasser les miasmes du moment. Ses amis sont frappés de constater à quel point sa réflexion sur 2012 a progressé pendant la trêve estivale.

Les idées à défendre face à Martine Aubry, la stratégie à adopter face à Dominique Strauss-Kahn: il a désormais ébauché des réponses qu'il n'avait pas en juin. Et entend ne laisser à personne le soin de bâtir son programme. A un visiteur d'août, il lançait: "Fillon est le seul à avoir cru que c'était lui qui avait écrit le projet en 2007." Une dernière méchanceté pour la route. Une ultime pique avant la fin.

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LADY MARIANNE 10/09/2010 06:45



bonjour Gérard
toujous à remanier le gouvernement !!  ce n'est pas normal
diviser pour régner !!
seul maïtre à bord
pas bon
bises  Lady Marianne



Gérard 10/09/2010 23:29



mais tout cela ce n'est qu'un feu de paille pour amuser la galerie et éloigner les gens de la réalité de la pauvreté et de la misère où ce gouvernement nous enterre Bises Lydie