Parité malmenée par l'UMP à Paris : «Je ne peux pas applaudir»

Publié le par Gérard

InterviewLe parti n'a investi aucune femme dans une circonscription favorable à droite à Paris pour les législatives de juin. La sénatrice Chantal Jouanno appelle l'UMP à leur faire une place mais met en garde contre les dissidences.

 

Recueilli par Laure Equy

Chantal Jouanno à Paris, le 21 avril 2011. (Photo Gonzalo Fuentes. Reuters)

 

Elles sont cinq sur les 18 candidats désignés à Paris par l’UMP, ce mercredi soir lors de la commission nationale des investitures. Et encore, elles devront mener la campagne des législatives sur des circonscriptions majoritairement dans l’est de la capitale, traditionnellement acquises à la gauche. Du côté des fiefs de la droite parisienne : Claude Goasguen, François Fillon, Pierre Lellouche, Bernard Debré, Jean-François Lamour... mais pas de femme.

 

Rien n’est définitivement tranché, puisque le conseil national de l’UMP n’entérinera les candidatures que le 28 janvier. Mais des élues et des candidates à l’investiture qui ont été écartées ont protesté, au point que Géraldine Poirault-Gauvin, élue du XVe arrondissement, a appelé les femmes de son parti à des «candidatures représailles» dans les circonscriptions parisiennes gagnables par la droite.

Elue sénatrice (UMP) de Paris en septembre, l’ancienne ministre Chantal Jouanno répond à Libération.fr.

 

L’UMP n’a investi aucune femme sur une circonscription réellement gagnable à Paris. Le regrettez-vous ?

Je n’ai pas le droit d’être ingrate car j’ai été bien aidée par mon parti qui m’a investie tête de liste à deux reprises, pour les élections régionales et cantonales à Paris. Mais je ne peux pas renier mes convictions : il faut faire une place aux femmes en politique. J’aurais préféré que des femmes soient investies sur des circonscriptions gagnables. Dans les XIIe et XIVe arrondissements, Corinne Tapiero et Marie-Claire Carrère-Gée sont des personnes de grande qualité, et c’était l’occasion de leur donner une chance. Je ne peux donc pas applaudir.

 

L’UMP ne prend-elle pas le risque d’être confrontée à des candidatures dissidentes ?

Je constate que les décisions qui ont été prises après les sénatoriales [et l'élection de Pierre Charon face à la liste UMP officielle, conduite par Jouanno, ndlr] de modifier la structure de la fédération pour réintégrer les dissidents n’a pas amélioré la situation. Les dissidences, cela n’est jamais bon, il faut régler les situations de manière officielle. Je le disais pendant la campagne des sénatoriales, je le pense toujours : respectons les décisions de notre parti.

 

Demandez-vous alors à l’UMP de corriger la situation ?

Nous avons encore jusqu’au 24 janvier [date à laquelle doit se tenir une réunion pour refaire le tour des investitures et régler les cas litigieux, ndlr], la commission nationale des investitures n’est pas décisionnelle. Et puis je ne suis pas la mieux placée pour faire bouger Jean-François Copé ! Mais ce n’est pas pire qu’au PS ni dans l’ensemble de la classe politique. Le problème n’est d’ailleurs même pas spécifique à la politique mais est lié à notre société, on le retrouve dans les sphères économique, médiatique, sportive.

 

Dans la 2e circonscription, Rachida Dati a, sans surprise, été écartée au profit de François Fillon, que vous soutenez. Le parti doit-il proposer une autre solution à Dati ?

Perdre une députée européenne pour gagner une députée ne fera pas avancer la cause des femmes. Je pense que l’on doit promouvoir de nouvelles têtes et faire émerger des femmes.

 

Comment procéder ?

La parité doit être à tous les niveaux, dans les instances de décision, et il faut redonner la place au terrain et aux militants. Dans le XIIe arrondissement, je n’ai pas envie de voir partir les militants.


Les femmes doivent aussi être plus solidaires les unes des autres. Je note que celles qui en appellent aujourd’hui aux droits des femmes n’ont pas forcément condamné les attaques à mon égard pendant les sénatoriales [Charon avait pronostiqué que Jouanno serait élue de toute façon, qu’elle soit «sur les tatamis ou au lit», ndlr]. La politique est un monde de concurrence et de compétition, et je dois dire que celles-ci sont asexuées.

Publié dans UMP FRONT NATIONAL

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