Opérations françaises en Afrique: quels risques de représailles terroristes?

Publié le par Gérard

L'intervention de la France au Mali et la tentative de libération d'un otage français en Somalie ont provoqué la mort de combattants islamistes. Les 8 otages français détenus au Sahel sont directement menacés mais qu'en est-il du territoire français? 

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Opérations françaises en Afrique: quels risques de représailles terroristes?

Des militaires français quittant une base à N'Djamena,au Tchad, pour participer à des opérations au Mali.

AFP PHOTO / ECPAD

 

C'est une des craintes soulevées par les interventions militaires de la France contre des islamistes au Mali et en Somalie. Les partisans d'Al-Qaïda pourraient tenter de venger, par des actions en France ou contre les intérêts français en Afrique et dans le monde, la mort de jihadistes tués au Mali et en Somalie par des soldats français, estiment des experts.

 

Les otages français en première ligne

Si des attaques sur le sol français restent peu probables, les otages français et les intérêts tricolores, notamment au Maghreb et dans les pays du Sahel, sont plus vulnérables et pourraient être visés, ajoutent-ils. 

 

"En premier lieu, il y a bien sûr de quoi s'inquiéter pour le sort des otages français au Sahel, qui pourraient être les premiers à payer le prix de l'intervention des soldats français", assure à l'AFP Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). 

Samedi, le père de l'un des huit otages français détenus par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et ses affidés, a fait part de son "angoisse croissante", après l'échec d'une opération menée en Somalie pour libérer un autre Français détenu par des islamistes. 

 

"C'est très compliqué et très difficile à vivre", a déclaré à l'AFP le père de Philippe Verdon, enlevé avec Serge Lazarevic le 24 novembre 2011 au Mali par Aqmi, qui a toutefois souhaité "que tout soit entrepris pour les libérer". 

 

Le président du comité de soutien à ces deux otages, Pascal Lupart, a pour sa part réaffirmé la nécessité d'une intervention des forces spéciales françaises pour libérer les otages. "On va me prendre pour un fou (...) Je suis pour la diplomatie et le dialogue, mais a-t-on encore des possibilités de dialoguer avec Aqmi'", a déclaré à l'AFP Pascal Lupart. 

 

Appels à frapper la France et ses intérêts

Sur les nombreux forums jihadistes, des exhortations, y compris individuelles, à frapper la France se sont récemment multipliées. Vendredi par exemple, un cyber-jihadiste surnommé "Abdul Rahman bin Abdul Rahman" a lancé un appel "à tous les jihadistes musulmans à lancer des attaques individuelles ou groupées contre les Français et leurs intérêts", demandant que l'on liste sur internet les adresses des ambassades de France et des cibles potentielles.

 

Et après la tentative ratée de libérer l'otage français en Somalie, Denis Allex, dont "tout donne à penser" qu'il a été tué, selon Paris, et au cours de laquelle au moins un soldat français et dix-sept islamistes armés somaliens sont morts, les rebelles shebab ont menacé la France de "conséquences amères". 

 

Quelles capacités d'actions?

Monter des actions de représailles terroristes en France serait l'idéal pour eux, mais je ne crois pas qu'ils en aient les moyens pour le moment" poursuit Dominique Thomas. "Cela dit, ils peuvent s'employer à les préparer, pour dans quelques mois voire des années. Ils ont le temps". 

 

Cet avis est partagé par Louis Caprioli qui a été, de 1998 à 2004, le sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST, devenue aujourd'hui DCRI). 

"Aqmi a la volonté de frapper en France depuis des années. Son chef Abdelmalek Droukdel lance des appels en ce sens depuis 2007 et n'est parvenu à rien pour l'instant. Je ne pense pas qu'ils aient les structures opérationnelles pour cela", dit-il. 

 

"Mais il y a sur le territoire national des gens qui ont été formés, qui ont suivi des stages d'entraînement terroriste notamment en Syrie et qui pourraient voir dans l'intervention française au Mali un prétexte pour passer à l'action, à court ou moyen terme", ajoute-t-il. 

 

"Les menaces d'Aqmi et les appels sur les forums jihadistes sont une sorte de blanc-seing: si vous pouvez faire quelque chose, où que vous soyez, faites-le. Et c'est cela qui est dangereux", poursuit Louis Caprioli. 

"L'arrivée de soldats français, d'infidèles, en terre islamiste correspond exactement à un motif de lancement du jihad", ajoute-t-il. 

 

Les deux experts s'accordent sur le point que les représentations et les intérêts français en Afrique sont vulnérables et les plus susceptibles d'être pris pour cible dans le cadre d'opérations de représailles. 

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Publié dans Terroristes Islamiques

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