MASSEUBE : Création d'une bastide gasconne

Publié le par Gérard

Histoire reconstituée

bastidesMASSEUBE : Création d'une bastide gasconne

 


 

Les premières informations avérées relatives à l'activité humaine sur le site qui deviendra la bastide de Masseube remontent au XIIe siècle.

Mais l'hypothèse d'une origine gallo-romaine a été confirmée par la découverte, au lieu-dit "Aux Stournès", des vestiges d'une importante villa gallo-romaine sur la rive droite du Gers.

UN TERRITOIRE PEU PEUPLE

Comme beaucoup d'autres bastides du Sud-ouest de la France, Masseube a vu le jour et s'est développée à l'époque romane, période d'expansion charnière de notre histoire entre les Haut et Bas Moyen-âge.

Au sortir de la période instable et troublée du Haut Moyen-âge (entre la disparition de l'Empire Romain et la fin des grandes invasions autour de l'an 980), les paysages et la vie en l'an mil doivent être imaginés tels que le grand historien Georges Duby nous les décrit dans "Le temps des Cathédrales".

 

Peu d'hommes d'abord, très peu. Dix fois, vingt fois moins qu'aujourd'hui peut-être. Des densités de peuplement qui sont celles actuellement du centre de l'Afrique. La sauvagerie domine, tenace. Elle s'épaissit à mesure que l'on s'éloigne des rives méditerranéennes, lorsque l'on franchit les Alpes, le Rhin, la mer du Nord. Elle finit par tout étouffer. Ici et là, par paquets, des clairières, des cabanes de paysans, des villages ceinturés de jardins, d'où vient le plus clair de la nourriture ; des champs, mais dont le sol rend fort peu malgré les longs repos qu'on lui laisse ; et, très vite, démesurément étendue, l'aire de la chasse, de la cueillette, de la pâture divaguante. De loin en loin une ville ; c'est le plus souvent le résidu d'une cité romaine ; des monuments antiques rapetassés dont on a fait des églises, des forteresses ; des prêtres et des guerriers ; la domesticité qui les sert, fabriquant les armes, la monnaie, les parures, le bon vin, tous les signes obligés et les outils de la puissance. De toutes parts, des pistes d'enchevêtrent. Le mouvement partout : des pèlerins et des colporteurs, des coureurs d'aventure, des travailleurs itinérants, des vagabonds. La mobilité d'un peuple aussi démuni est étonnante. Il a faim : chaque grain de blé semé n'en donne guère plus de trois, de quatre lorsque l'année est vraiment bonne. Une misère. La hantise : passer l'hiver, tenir jusqu'au printemps, jusqu'au moment où l'on peut, courant les marais, les taillis, prendre sa nourriture dans la nature libre, tendre des pièges, lancer des filets, chercher les baies, les herbes, les racines. Tromper sa faim.

— Georges Duby
1919 - 1996

UN REGIME FEODAL

L'organisation sociale et politique reposait sur le principe de trifonctionnalité proposé par Georges Dumézil, caractéristique des civilisations héritières des indo-européens :

  • Au sommet, un « ordre supérieur », le Clergé , part de l'humanité gouvernée par les lois célestes.
  • Une élite, « les Gens de Guerre » , chargés de maintenir l'ordre sur terre
  • Enfin, la masse des êtres voués au travail , qui sont astreints de fournir aux Prêtres et aux Chevaliers les moyens de leur existence improductive et luxueuse

 

Le lien qui assure l'homogénéité de cette organisation est la féodalité ; il s'agit d'un détournement à leur profit par les puissants d'un système hérité de la tradition franque et généralisé par Charlemagne pour gouverner l'immensité de ses états : malgré le maillage administratif mis en place (200 Comtes non héréditaires, auxquels il avait délégué l'administration locale, qui étaient au sein de leur état administrateurs, juges, chefs militaires et percepteurs des impôts et amendes ; les « missi dominici », un laïque et un ecclésiastique allant par paire, qui inspectaient les Comtés, veillaient à l'application des lois et levaient des troupes en cas de besoin), il éprouvait des difficultés à surveiller ses provinces. C'est pourquoi, l'Empereur généralisa le « serment de recommandation » ou « serment de fidélité » : chacun devait jurer obéissance à un plus puissant, pour obtenir sa protection en échange. Cette institution pyramidale, dont l'Empereur était le sommet, permettait d'encadrer des milliers d'hommes. Le protecteur était le « Seigneur », le protégé était le « Vassal » qui était tenu de travailler sur le champ de son Seigneur, ou bien le suivre à la guerre comme soldat.

Après la mort de Charlemagne et dans la désorganisation causée par le démembrement de l'empire qui suivit, l'affaiblissement voire l'effondrement du pouvoir central permit aux Comtes de s'approprier leur indépendance, en imposant la transmission héréditaire de leur titre à leur descendance et en gouvernant de manière autonome leurs Comtés et Seigneuries. Ce principe fondait la supériorité totale d'un groupe social qui, par la qualité de sa naissance et sa vocation militaire, était autorisé à vivre dans le loisir et profiter du travail des humbles, sans autres engagements que celles découlant de leur serment de vassalité. Il signifiait également le fractionnement et la dissolution de l'autorité en des myriades de cellules autonomes dans lequel un maître, le Seigneur, détenait à titre privé et héréditaire, le droit de commander et de punir.

 

UNE BRUSQUE ET BRUTALE EXPANSION

UNE DEMOGRAPHIE GALOPANTE

Et dans ce contexte, sur ce terreau, l'Europe connaît une progressive, lente mais inexorable expansion démographique, qualifiée par Fernand Braudel de "première modernité", "première Renaissance" ; en un peu plus d'un siècle, la population va tripler.
En France par exemple, elle passe de 6.200.000 habitants en 1100 à 20 millions en 1328. Cet extraordinaire élan induit un besoin vital d'expansion des populations et d'extension des terres arables pour multiplier la production agricole ; à cette fin, durant deux siècles, les paysans se lancent dans un épuisant labeur de défrichage ("artiguer" disait-on dans le sud, "essarter" dans le nord) : couper les arbres, dessoucher devient une priorité et ce labeur modèle le paysage rural pour des siècles, par bien des côtés jusqu'à aujourd'hui.
C'est la moitié de la forêt française qui est alors défrichée, soit 13 millions d'hectares sur les 26 qu'elle comptait en l'an mille.

L'ORDRE MONASTIQUE DU RENOUVEAU

cisterciens

Moines cisterciens défrichant et édifiant une nouvelle abbaye

Les ordres religieux florissants aux XIIe et XIIIe siècles, les Cisterciens notamment, "...accompagnent, organisent, disciplinent, captent cet essor paysan, commencé sans doute dès la fin des temps carolingiens...". Car l'autre structure dominante de la société féodale était l'Eglise catholique, seule institution organisée, implantée et respectée qui était sortie pérenne de l'effondrement de l'empire romain, et dont l'alliance déterminante, recherchée par les envahisseurs s'était portée sur le chef des Francs, Clovis, qui au prix de sa conversion avait obtenu d'être couronné Roi et de supplanter ses rivaux, coupables d'avoir été évangélisés et baptisés selon le rite aryen, jugé hérétique par Rome. De cette alliance multiséculaire qui durera jusqu'à la Révolution Française, l'Eglise avait accru un pouvoir absolu sur les esprits ; durant la période romane, son influence et sa puissance sans pareille rayonnaient sur l'Europe occidentale, qu'elle avait lancée à la reconquête du tombeau du Christ à Jérusalem, et l'unifiaient dans sa globalité.

Les cisterciens sont directement issus des rangs de l'ordre bénédictin, régi par la règle écrite en 529 par le moine romain Benoît de Nursie, pour l'abbaye du Mont-Cassin, dont il fut le fondateur. Il est considéré comme le Patriarche des Moines d'Occident et le Saint-Patron de l'Europe. L'ordre bénédictin est le plus ancien ordre monastique d'Occident, le plus prestigieux aussi tant son apport à la culture occidentale par la conservation, la réplication et le sauvetage des trésors culturels de l'antiquité durant les temps sombres du Haut Moyen-âge et des grandes invasions constitue un trésor inestimable pour notre civilisation.

Mais lors de l'essor démographique des temps romans, du remarquable décollage de l'économie autour d'une "économie-monde" centrée sur les Foires de Champagne, du formidable élan et facteur d'enrichissement que sont les Croisades, l'ordre bénédictin s'enrichit démesurément des dons des fidèles, au premier rang desquels figurent toutes les maisons royales européennes ; cette démesure s'incarne lors de la construction de l'abbatiale de Cluny, conçue pour être le Palais du Dieu tout puissant, c'est-à-dire plus imposant et luxueux que celui de n'importe quel Empereur terrestre, Seigneur dont les moines se considèrent comme la cour et les courtisans.

D'où une démesure dans la décoration des édifices religieux, dans la longueur et la magnificence des offices et des chants religieux, dans le confort que s'octroient les moines au quotidien au mépris de la règle de Saint-Benoît.

Parmi d'autres, une réaction vint en 1098 : celle de l'Abbé de Molesmes, Robert, qui, accompagné de son prieur Aubry, d'un jeune moine anglais, Etienne Harding, et de quelques moines qui abandonnent le confort de leur abbaye pour s'aventurer dans le "désert", au plus profond d'un vallon désolé et inhospitalier de Bourgogne, "Cistel", pour y reprendre " la route ancienne qui conduit à la perfection monastique ... vivre désormais la pauvreté véritable et en toute sincérité de conscience" ; le projet des pères de Cîteaux n'était pas de fonder un nouvel ordre monastique, mais de vivre leur foi suivant les préceptes de la règle qu'ils appliquaient à la lettre : vêtus de vile bure grise, tenus au silence, se nourrissant uniquement de légumes une fois par jour, dormant peu et sans confort sur des planches de bois, vivant dans l'ascèse absolue, la mortification et l'extrême pauvreté du travail de leurs mains, au mépris toute dîme ou rente extérieure.

Et dans ces temps où domine l'idée que le sacrifice et les prières de quelques saints hommes peuvent racheter les péchés de l'autre part de l'humanité et lui ouvrir les portes du paradis, la conduite et l'exemplarité des cisterciens leur vaut aussitôt réputation de sainteté, l'admiration des fidèles, l'amitié et le soutien des grands. Mais faute de vocations nouvelles, l'Abbaye de Cîteaux était près de s'éteindre lorsqu'elle reçut un jour d'avril 1113 l'apport inespéré de 31 gentilshommes, menés par Bernard de Fontaine, quatre de ses frères, deux de ses oncles et 24 de leurs amis. Bernard de Fontaine, qui deviendra Saint-bernard, grand génie de son siècle (le XIIe siècle est qualifié de "siècle de St-Bernard"), dont la voie tonitruante interviendra dans toutes les affaires de son temps, sera honoré par l'Eglise Catholique du titre prestigieux et rare de Docteur de l'Eglise, le dernier délivré.

La croyance habitant la noblesse qu'en comblant de ses dons les plus pauvres parmi les pauvres, les plus saints parmi les saints, elle rachète ainsi ses péchés et s'ouvre les portes de l'éternité, accru par l'apport inespéré que l'activisme de Saint Bernard apporte à la gloire des modestes moines va permettre à Cîteaux de créer ses premières Abbayes : La Ferté (1113), Pontigny (1114), Clairvaux (1115, dont Bernard de Fontaine sera Abbé jusqu'à sa mort en 1153) et Morimond (1115) qui forment les quatre filles de Cîteaux, à partir desquelles l'Ordre va rapidement croître et s'étendre sur toute l'Europe : 535 abbayes à la fin du XIIe siècle, plus de 750 à la fin du XIIIe siècle. Dans l'actuel département du Gers, quatre abbayes cisterciennes sont fondées au XIIe siècle : Notre-Dame de Berdoues à Berdoues, Notre-Dame de Bouillas à Pauilhac, Notre-Dame de Planselve à Gimont, Notre-Dame de Flaran à Valence-sur-Baïse. Dans la région Midi-Pyrénées, 23 abbayes cisterciennes virent le jour au XIIeme siècle ! Malgré les ravages de la guerre de Cent ans, les destructions des guerres de religion, l'anéantissement pour nombre d'entre-elles causé par leur vente comme bien national par la Révolution française à des spéculateurs sans scrupules (la bande noire les surnommait-on à l'époque) qui les firent aussitôt dépecer pour les revendre sous forme de matériaux de construction, certaines subsistent encore car reprises et restaurées par les collectivités départementales qui en ont fait des destinations touristiques de renom et des lieux culturels prestigieux : Notre-Dame de Flaran à Valence-sur-Baïse dans le Gers, Notre-Dame de Belleperche à Cordes-Tolosane dans le Tarn-et-Garonne, et bien sur Notre-Dame de l'Escaladieu à Bonnemazon dans les Hautes-Pyrénées

Tenus à un labeur physique harassant, les cisterciens participèrent notablement à l'oeuvre collective de défrichement des terres arables, à l'amélioration des techniques et de l'outillage agricoles, mais aussi industriel par leur maîtrise de l'eau (irrigation, moulins à eau - facteurs de la "première révolution industrielle"), et le travail des métaux. Dans le midi occitan, ils s'illustrèrent par ailleurs dans l'oeuvre civilisatrice majeure que fut la création des bastides, cette forme nouvelle et maîtrisée d'aménagement du territoire, qui marque encore aujourd'hui nos paysages. Ecoutons encore Georges Duby parlant de l'idéal cistercien et des raisons de cette réussite en ce début de XIIe siècle :


Le propos cistercien est réactionnaire, rétrograde : résister aux tentations du progrès, et, pour cela, fuir au plus loin. Revenir aux principes du monachisme bénédictin impliquait d'écarter la communauté du siècle, de l'isoler davantage, en plein désert. Cela fit le succès de l'ordre. La société du XIIe siècle s'enrichissait. Elle était encore dominée par des représentations morales qui lui faisaient penser qu'un homme peut-être sauvé par le sacrifice d'autres hommes, ses substituts. Elle avait toujours besoin de moines. Mais de moines plus pauvres, puisqu'elle se sentait souillée par ses richesses. Elle admira chez les cisterciens qu'ils ne se laissent point prendre aux précipitations qui faisaient alors s'accélérer le temps, qu'ils reviennent au rythme calme des saisons et des jours, aux nourritures frugales, aux vêtements sans apprêt, aux liturgies rigoureuses, que le dénuement, le renoncement de cette petite élite compense la voracité du reste des pêcheurs et obtiennent pour ceux-ci le pardon.

— Georges Duby
1919 - 1996


LE COMTE D'ASTARAC EN GASCOGNE

Comté d'Astarac en 1690

Comté d'Astarac en 1690

Le site qui allait devenir Masseube se situait dans le comté d'Astarac dont la création remontait à 930, lorsqu'à la mort de "Sanche le Courbe", Duc de Gascogne, son Duché fut démembré entre ses fils ; les comtés d'Astarac, de Pardiac et du Montlezun revinrent son fils cadet Arnaud Gardie, surnommé " le nonné" du fait de sa naissance par césarienne, qui devint le premier Comte d'Astarac. Ce comté était borné au nord par le comté d'Armagnac et de Fezensac, au sud par les Quatres Vallées, à l'est par le pays de Rivière-Verdun et par le Comminges, à l'ouest par le Bigorre et par une partie de l'Armagnac.

 

 

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Motte castrale du château de Castillon à Villefranche d'Astarac

Les Comtes s'étaient d'abord établi à Mont d'Astarac, dans un château - fort en bois, puis à Castillon (devenue Villefranche d'Astarac), où la tour de bois primitive fut remplacée par une tour en pierre. Mais leurs incessants et violents conflits avec l'Abbaye bénédictine de Simorre, toute proche, les conduira, après avoir fondé la bastide de Mirande en paréage avec l'Abbaye cistercienne de Berdoues en 1281, à s'y établir pour en faire leur capitale en 1297.
Les Comtes d'Astarac étaient les féaux et rendaient hommage au Comte de Toulouse ; à ses côtés, le plus chevaleresque de la dynastie, Centulle I, s'était illustré à la fameuse bataille de "Las Navas de Tolosa" (1212) contre les Maures d'Espagne. Il était toujours à ses côtés à la "Bataille de Muret" contre les appétits féroces des croisés franciliens menés par Simon de Montfort (1213), et défendra pour lui la citadelle de Marmande où il sera fait prisonnier (1218) par le fils de Philippe Auguste, le futur Louis VIII le Hardi.

 

 

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Abbaye cistercienne ND de l'Escaladieu, à Bonnemazon 65

La terre de Masseube appartenait à l'abbaye de Sere, propriétaire de grands espaces boisés mais qui n'avait pas assez de moines pour défricher et mettre les terres en culture et la cédèrent pour une rente en blé aux cisterciens de l'Escaladieu.
Cette abbaye cistercienne, fondée en 1137 en un lieu nommé "Capadour", parce que proche des sources de l'Adour donné par Pierre de Marsan, Comte de Bigorre, aux moines de Morimond, allait elle-même engendrer huit abbayes, dont six en Espagne (notamment l'abbaye de Fitero, dont le premier Abbé, fonda en 1175 l'ordre militaire de Calatrava) et deux dans le Gers (Bouillas et Flaran).
La terre d'Astarac était d'ailleurs bien pourvue en Abbayes cisterciennes, puisque l'Abbaye de Berdoues, elle-aussi fille de Morimond avait été fondée également en 1137 sur des terres offertes par le Comte Bernard II d'Astarac et son fils Sanche, au bord de la Baïse ; elle est mère de l'Abbaye de Gimont (1143), des abbayes espagnoles de Huerta et Valbuena (1144), Rueda (1153), et Palazuelos (1169), et de l'abbaye d'Eaunes (1150) au diocèse de Toulouse. ; Par contrat de paréage avec le Comte Bernard IV d'Astarac, l'abbaye de Berdoues se trouve notamment à l'origine de la création de la bastide de Mirande en 1182.
Ceux de l'Escaladieu créèrent à la limite du cimetière actuel, au lieu-dit « La Biole », une grange (exploitation agricole) monastique. Autour d'une grange, une communauté connue plus tard sous le nom de MASSEOUBO allait s'installer et grandir. On peut considérer que c'est l'acte de naissance de Masseube.On le retrouve inscrit dans un document que Centulle 1er, Comte d'Astarac, écrivit vers 1230 en lui léguant 200 sols morlaas.Masseoubo était donc une place forte de quelque importance à l'époque où le duché d'Aquitaine ne faisait pas encore partie du royaume de France. Sous la tutelle du roi d'Angleterre, Henri III Plantagenêt, l'église Saint Christophe fut octroyée de plein droit aux moines de l'Escaladieu par Amaneu 1er, archevêque d'Auch. La donation fut ratifiée en 1272 par son successeur Amaneu II d'Armagnac.

 

UNE EFFLORESCENCE DE VILLES NOUVELLES

Parce qu'il était de leur intérêt de peupler et d'exploiter de nouveaux territoires et que l'expansion démographique en fournissait les moyens, Seigneurs et «Clergé fondent et organisent sous forme d'acte de paréage les bastides nouvelles.

  • La première forme, entre 1020 et 1150, en furent les Sauvetés (Salvetat en occitan) ; il s'agit d'un bourg rural formé autour d'une église, d'une abbaye ou une halte sur les chemins de St-Jacques de Compostelle, jouissant sous l'autorité de l'Eglise, de l'immunité de la «Paix de Dieu» et dont le périmètre est limité par des croix ; crées à l'origine pour servir de refuge et procéder au défrichement des terres, légalisées par le concile d'Arles en 1041, la Sauveté a évolué vers un regroupement de l'habitat donnant une bourgade franche.
  • Ensuite (1070-1300) se développèrent les">Castelnau (Château neuf): au pied du château seigneurial (qui en même temps protégeait), s'implanta le village, enserré dans une enceinte uniquement pénétrable par une porte fortifiée, souvent dominée d'une tour. La grande majorité des villages gersois trouvent leurs racines dans les Castelnau d'autrefois.
  • Enfin, forme nouvelle et rationnelle d'aménagement du territoire médiéval, vinrent les bastides, contemporaines des Cathédrales gothiques,conçues selon un plan urbaniste très régulier et géométrique partant d'une place rectangulaire au centre de la cité, souvent dotée d'une halle et entourée de maisons à arcades, on trouve un assemblage d'ilots également rectangulaires qui découpent un réseau de rues et de ruelles.

 

Dans le sud-ouest, on trouve environ 350 bastides érigées entre 1250 et 1330 ; elles sont 43 dans le département du Gers : Aujan - Aurimont - Barcelonne du Gers - Barran - Bassoues - Beaucaire - Beaumarchés - Bretagne d'Armagnac - Castelnau Barbarens - Cazaubon - Cologne - Fleurance - Fourcés - Gimont - La Bastide Saves - Lannepax - Larée - Lias d'Armagnac - Marciac - Marguestau - Masseube - Mauleon d'Armagnac - Mauvezin - Meilhan - Mielan - Miradoux - Mirande - Monclar - Monfort - Monguilhem - Montréal. - Mourède - Ornezan - Pavie - Plaisance du Gers - Réjaumont - St Clar - St Sauvy - Seissan - Sere - Solomiac - Valence s/ Baïse - Villefranche d'Astarac.


En 1274 fut promulgué l'acte de paréage entre le Comte Bernard IV d'Astarac et l'Abbé Bonel d'Orieux de l'Abbaye de l'Escaladieu.Le comte apportait les garanties de sécurité et l'abbé apportait les terres. C'est ainsi que naquit la bastide de Masseube caractérisée comme toutes les bastides de l'époque, par son plan en damiers et ses fortifications percées par quatre portes aux quatre points cardinaux. Le mur de fortification portait des meurtrières (une est encore visible de nos jours ainsi qu'une partie du rempart ouest).En 1276, la bastide étant suffisamment peuplée, ses fondateurs lui octroyèrent des coutumes. L'une d'entre elles était particulièrement originale, en ceci qu'elle donnait à la cité une administration démocratique. Le dimanche, à la sortie de la messe, une assemblée communale se tenait à la maison de ville. Elle était composée de tous les chefs de famille et présidée par le juge général ou juge magne. Cette assemblée désignait, une fois par an, huit de ses membres parmi lesquels le Comte d Astarac choisissait un premier consul et trois deuxièmes consuls qui administraient la cité sous le contrôle de l'assemblée. Cependant, si pour quelque raison que ce soit la ville était réduite à trente maisons, l'acte de paréage devenait nul. Mais, la ville se peupla et l'abbé y établit des marchés les lundis et jeudis de chaque semaine, ainsi que deux foires par an qui se tinrent avec succès.
Autre conséquence de cet acte, il allait permettre à Masseube de devenir le siège de justice des Comtes d'Astarac et de voir les Etats généraux de leur comté y tenir séance régulièrement. Ainsi, ceux de 1582 et de 1590, réunis à l'occasion de l'entrée solennelle à Masseube de Marguerite de Foix et de son époux Jean de la Valette, duc d'Eperon, qui reçut le serment de la noblesse du comté dont il jura de respecter les privilèges.

 

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Masseube sur la carte de Cassini

En 1645, les habitants rendirent hommage à son fils Bernard d'Eperon, devenu leur suzerain. Celui-ci reconnaissait qu'il était coseigneur avec l'abbé de l'Escaladieu. Mais, il ne tarda pas à jouir de la justice, seul. Mort en 1664 sans descendant, il fit donation du comté à la dame de Maurens, qui le céda à Gaston de Fleix, lequel devait le vendre en 1671 au duc de Roquelaure.

Le 13 octobre 1771, sur la demande du seigneur d'Astarac, fut dressé l'acte de reconnaissance féodale de la communauté.La cité alla en s'épanouissant. A sa prospérité contribua en partie la construction de la route d'Auch à la montagne qui favorisait l'essor des marchés et des foires ainsi que l'établissement du courrier postal.

Les archives municipales manquent de 1793 à 1808. Cependant, il est possible de relever que durant ces années-là le siège de justice fut liquidé, ainsi que la grange de l'abbé de l'Escaladieu et la chapelle des Pénitents blancs, vendus comme « biens nationaux ».
Durant tout le XIXème siècle, les maires de Masseube virent leur municipalité développer une remarquable activité commerciale, comme centre de marchés et de foires réputées. Mais, après la guerre, un comité d'organisation pour les foires mensuelles dut être nommé (1923) pour pallier une reprise difficile.

C'est en 1937 que Mademoiselle BELLIARD offrit le Château des Tournès et le domaine dont elle avait hérité pour y établir une œuvre éducatrice en faveur du milieu rural régional. Malgré la guerre et de multiples difficultés, l'école Saint-Christophe ouvrit ses portes en 1941. Elle concerne aujourd'hui toutes les professions du secteur agricole et de service aux personnes en milieu rural et autres.


Pour la période de la dernière guerre, une étude sur "Le Centre d'hébergement oublié", qui était installé sur le ressort de la commune, a été entreprise durant l'année scolaire 2006-2007 par Monsieur De Luget, professeur à l'Institut Saint-Christophe de Masseube ; elle n'est pas achevée, mais vous pouvez en suivre la progression ainsi que les données recueillies sur le site de l'auteur.

Comme pour toute la région, les ressources économiques sont fondées principalement sur la culture du maïs, du blé, mais aussi sur l'élevage bovin, ovin, avicole. Qui ne connaît pas les oies grises de Masseube, les canards gras, les marchés voisins de Seissan, Samatan, Gimont qui drainent ces productions issues de l'agriculture familiale et qui font la renommée de notre territoire gascon.


Cet historique succinct est tiré de l'excellent ouvrage réalisé par Monsieur René CAIROU sur la bastide de Masseube. On peut se le procurer près du Syndicat d'Initiative / Office de Tourisme de Masseube.

Publié dans Ségolène Royal

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