Mariage pour tous à l’Assemblée : Taubira brille, l’UMP braille

Publié le par Gérard

La ministre de la Justice,Christiane Taubira, est applaudie par les bancs de la gauche, hier à l’Assemblée, après son discours.
La ministre de la Justice,Christiane Taubira, est applaudie par les bancs de la gauche, hier à l’Assemblée, après son discours. (Photo Sébastien Calvet)

Récit La garde des Sceaux a défendu avec force le projet de loi face à une droite mobilisée pour la forme.

 

 

Par ALAIN AUFFRAY, CHARLOTTE ROTMAN

Elle a parlé sans notes, le regard droit, pendant quarante minutes. Il est 16 h 30 hier, quand Christiane Taubira, garde des Sceaux, entame son discours pour défendre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. Calme, elle veut «poser les mots». «C’est un acte d’égalité». Elle maîtrise son tempo et ses effets. «Ce n’est pas un mariage au rabais, pas une union civile […], pas une ruse, une entourloupe. C’est le mariage avec sa charge symbolique et ses règles d’ordre public.» «Contre-nature !» crie la droite.

Imperturbable, la ministre de la Justice rappelle, depuis 1791, la longue évolution de l’institution matrimoniale qui «porte fortement la marque de la laïcité, de l’égalité et de la liberté». «Aujourd’hui, nous parachevons l’égalité», clame-t-elle. Puis : «Qu’est-ce que le mariage des couples homosexuels va enlever aux couples hétérosexuels ?» «Rien», répondent des socialistes. «Ce n’est pas la question», tente-t-on à droite. «Vous pouvez garder le regard obstinément tourné vers le passé […]. Nous sommes fiers de ce que nous faisons», leur répond-elle.

 

Dans le public, Christine Boutin et Frigide Barjot, égéries des anti-mariage pour tous, n’en perdent pas une miette, tout comme des militants LGBT. Erwann Binet, le rapporteur PS affirme qu’il est «impensable que dans les villages et les quartiers, le professeur, la boulangère, les parents d’élèves connaissent des familles homoparentales et que la loi ignore leur existence».


Hilarité. A droite, on ne veut pas de dérapage. Si des Bibles sont brandies, c’est à l’extérieur du Palais-Bourbon, là où une centaine de personnes prient à l’appel des cathos intégristes de Civitas. Mais, hier, c’était le jour d’Henri Guaino. «Ce texte n’est pas un projet ordinaire», il ne doit donc pas «passer en force» car, quand une «loi viole les consciences, les consciences se raidissent, se perdent», clame l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy d’une voix grave et exagérément tremblante. Il jure n’avoir pas «moins de cœur», pas «moins de générosité» que la gauche. Emporté par sa propre prose, il parle de «civilisation», de «sagesse millénaire». Il s’épanche sur «les souffrances intimes et les blessures secrètes» de ceux qui ne connaissent pas leurs deux parents, en glissant : «Je sais de quoi je parle.» Tout cela affole l’hémicycle. Les rangs PS se dissipent. Avant un rappel à l’ordre de la présidente de séance : «Souffrez que M. Guaino finisse.» Hilarité.

 

A quoi bon s’obstiner quand la bataille est perdue d’avance ? Parmi les élus de droite, plusieurs confient leurs doutes. Avec ses 5 000 amendements, l’UMP a entamé hier un marathon de deux semaines pour retarder l’inéluctable : l’adoption du projet de loi. «Nous ferions mieux de consacrer nos forces à la bataille de la procréation médicalement assistée (PMA)», explique un haut dirigeant du parti.

 

«Absurde !» s’emporte Guaino qui juge illusoire d’espérer une revanche à l’occasion de la discussion du texte sur la famille incluant la PMA pour les couples de femmes homosexuelles. «Ce serait une victoire à la Pyrrhus», ajoute le député des Yvelines, pour qui «la logique implacable» du mariage homo débouche sur la «dissociation totale de la parenté biologique et de la parenté sociale» car «on ne peut pas donner le droit d’avoir des enfants et ne pas donner les moyens d’en avoir». L’argument est repris par la plupart des orateurs de la droite. L’ancien président de l’Assemblée Bernard Accoyer estime que dès lors que le mariage homo sera voté, n’importe qui pourra, par voie d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), obtenir la reconnaissance du droit à la PMA.

 

Pluralisme. Accueilli par une nuée de caméras, le député UMP pro-mariage homo Franck Riester proclame son optimisme avant d’entrer en séance. Ses amis politiques, il en est persuadé, prennent peu à peu conscience que le projet socialiste «n’enlève rien» à la famille traditionnelle et ne fait que donner «plus de protection aux enfants et plus de droit aux couples homos : «Quand j’explique que la droite anglaise s’apprête à voter un texte similaire, beaucoup d’élus me confient que cela les interpelle. J’ai le sentiment d’être respecté dans mon parti.» Et Riester garde bon espoir qu’un nombre significatif de députés UMP préférera s’abstenir plutôt que de voter contre, à l’instar de Bruno Le Maire, qui a annoncé hier soir son intention de s’abstenir. Et pour bien montrer que la droite, elle, assume son pluralisme, Riester fera partie de ses orateurs.

 

A en juger par la qualité de certains amendements, l’Assemblée ne devrait pas être à l’abri de débordements homophobes. Les mêmes qu’en 1999 lors du débat sur le pacs. Un amendement signé par 13 UMP propose ainsi de permettre aux parents «d’exclure l’adoption de leur enfant» par un couple homo.

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