Le mystère de la « note blanche »

Publié le par Gérard

Christine-LAGARDE-72.jpg

Grâce à une source judiciaire, Mediapart a pu prendre connaissance de cette « note blanche », dont disposent les magistrats et qui est intitulée « Christine Lagarde n’a rien à se reprocher dans l’arbitrage CDR-Crédit lyonnais ». Visiblement écrite dans le souci de dédouaner Christine Lagarde, elle pointe la responsabilité de Jean-Louis Borloo, éphémère ministre des finances juste avant elle, et indique que toutes les grandes décisions dans ce dossier sont venues de l’Élysée.

 

Elle indique aussi que le président du CDR, Jean-François Rocchi, ainsi que le président de l’EPFR (l’établissement public actionnaire du CDR), Bernard Scemama, auraient reçu des instructions écrites de Christine Lagarde – « lettres d’instructions que la ministre a été contrainte de signer » – alors qu’elle-même n’a naturellement pas pu obtenir une « couverture » identique de l’Élysée. Jusqu'à ce jour, l'existence de telles lettres n'avait pas été évoquée.

 

En fait, Christine Lagarde a toujours nié avoir reçu des instructions de l’Élysée dans cette affaire. Pressée de questions par un membre de la commission des finances, un certain Jérôme Cahuzac, elle avait répété à de nombreuses reprises, le 23 septembre 2008, lors de son audition par les députés (la revoilà) qu’elle avait toujours agi de sa propre initiative, sans consigne élyséenne.

 

Et au plan judiciaire, elle risque d’avoir à en endosser, dans tous les cas de figure, la responsabilité, puisque la plupart des actes administratifs ont été signés par elle. C’est en particulier elle qui a donné des instructions écrites aux hauts fonctionnaires représentant l'État dans les organismes ad hoc pour décider de l’arbitrage, puis ensuite de ne pas engager de recours contre la sentence devant la justice. Et c’est elle aussi qui a décidé de garder l’affaire secrète, quand elle a appris que l’un des arbitres avait caché ses liens avec l’avocat de Bernard Tapie.

 

Mais de nombreux faits – dont ceux que nous révélons aujourd’hui – attestent que la plupart des instructions sont venues de l’Élysée. Et c’est Stéphane Richard, ami proche de Nicolas Sarkozy et à l’époque directeur de cabinet de Christine Lagarde, qui en était le plus souvent le relais au cabinet de la ministre des finances.

 

C’est donc sans doute la raison pour laquelle son domicile a, lui aussi, été perquisitionné, ce jeudi matin – Stéphane Richard ayant déjà été interrogé comme témoin par la CJR en décembre 2011, ainsi que l'a révélé Mediapart. Car l’actuel patron de France Télécom est aussi l’un de ceux qui ont joué un rôle clef dans ce scandale. Révélé le 21 mai 2011 par Mediapart, le rapport de la Cour des comptes (on le trouvera ici dans sa version intégrale ou on peut le télécharger là) indiquait en effet que le jour même de son entrée en fonction comme ministre des finances, Jean-Louis Borloo avait donné instruction à Stéphane Richard de lancer l’arbitrage, alors même que les services de Bercy y étaient opposés, pensant que la procédure pouvait être illégale. Le rapport de la Cour des comptes explique en particulier ceci : « L'ancien directeur de cabinet du ministre de l'économie a indiqué, lors de son audition par la Cour, le 20 juillet 2010, qu'il lui avait été signifié par le ministre, dès sa prise de fonction le 22 mai 2007, que l'orientation avait été prise d'aller en arbitrage. »


Or Jean-Louis Borloo est l'avocat historique de Bernard Tapie. C'est lui qui a été son conseil dans ses tumultueuses aventures tout au long des années 1980 et au début des années 1990. C'est donc ce dossier dont hérite ensuite, à la mi-juin 2007, Christine Lagarde. Et elle n'ignore évidemment rien de ses petits secrets, puisqu'elle a le même directeur de cabinet, en la personne de… Stéphane Richard.

 

Les conséquences de ces investigations qui s’accélèrent pourraient être considérables. Aussi bien au plan politique, puisque Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde sont mis en cause, qu'au plan économique, puisque avec l’argent public qu’il a perçu de l’arbitrage, Bernard Tapie s’est allié à Philippe Hersant pour prendre le contrôle d’un très grand groupe de presse. Car les deux histoires, naturellement, sont liées : la négociation fiscale a permis à l'ex-homme d'affaires d'avoir un magot encore plus important que prévu, ce qui lui permet aujourd'hui de mettre la main sur une ribambelle de journaux parmi lesquels La Provence, Var Matin, Nice Matin ou encore Corse Matin

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article