L’UMP est-elle « la droite la plus ringarde du monde » ?

Publié le par Gérard


Hervé Mariton à l’Assemblée nationale le 3 février (Witt/Sipa)

La France a-t-elle « la droite la plus ringarde du monde » ? C’est ce que répètent les députés socialistes devant le spectacle de l’opposition arc-boutée contre le projet de loi « mariage pour tous ». Et de l’inviter à prendre exemple sur le gouvernement conservateur de David Cameron, qui vient d’initier une telle réforme outre-Manche.

 

A cela, la droite répond de deux manières :

  • Sur le texte, d’abord : elle explique que ça n’a pas du tout la même portée, que les Anglais se marient dans des lieux de culte, et qu’en France le mariage civil est empreint de sacralité, culte de la République oblige.
  • Les cadres de l’UMP ont une deuxième réponse : « Nous comparer aux conservateurs britanniques ou aux républicains américains n’a rien à voir. Les modèles ne sont pas superposables », affirme Valérie Debord. « La droite française est unique en son genre. »

Unique, en effet : à la différence des autres grands partis conservateurs, on ne trouve pas, au sein de l’UMP, de courant structuré de défense des idées libérales sur les questions de mœurs. « La difficulté, c’est de constituer des courants tout court », veut croire Benoist Apparu, un des deux seuls députés UMP, avec Franck Riester, favorables au « mariage pour tous ».

« Ils ont été prévus en 2002 à la création de l’UMP et, en 2012, ils ont à peine été mis en place. »

 

« Terrorisme intellectuel »

Selon lui, même si elle n’est pas structurée, une sensibilité existe :

« Dix mecs de la Droite populaire, vous dites que ça fait une sensibilité. Et dix mecs qui vont s’abstenir sur le mariage, ça en fait pas une ? »

On lui objecte que la droite pop’ pilonne toute l’année, et sur tous les fronts, pas « les dix mecs qui vont s’abstenir », unis sur ce seul sujet... L’ex-ministre du Logement s’énerve :

« Franchement, je vois mal l’intérêt de constituer un courant exclusivement sur les questions de mœurs. Et puis quand vous dites libéral, vous pensez moderne, et moi je refuse ce terrorisme intellectuel de la bonne société parisienne. »

 

Ce n’est sans doute pas la période idéale pour bavarder posément. Une vieille militante socialiste a montré plus d’habileté avec ses copains de droite. A force de discuter avec eux, elle s’est convaincue d’une chose :

« Même si certains sont très convaincus de leurs conneries, chez beaucoup d’UMP, il y a l’instrumentation tactique et cynique d’une position réactionnaire. »

 

« C’est tombé au pire moment »

Pour la droite, le timing est particulièrement mauvais. La preuve en deux actes :

  • En 2007, Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme qui prévoyait l’union civile pour les couples homosexuels et un statut du beau-parent ; il jugeait la société mûre pour ces réformes.
  • Quatre ans plus tard, à la faveur d’une « niche socialiste », un premier vote sur l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe a eu lieu à l’Assemblée. Si l’on additionne les suffrages de l’UMP, du Nouveau Centre et du Modem, il y avait tout de même eu 10 voix pour et 13 abstentions.

« Si c’était tombé à un autre moment, la dizaine de députés de droite qui va s’abstenir aurait voté pour », assure un ancien ministre de François Fillon. « Mais c’est tombé au pire moment. »

 

Le sujet est « monté » en même temps que la campagne interne pour la présidence de l’UMP. Ce parti se prenant sur sa droite, Copé en est arrivé à dire qu’il ne marierait pas d’homosexuels dans sa mairie et a appelé à manifester pour le salut de la France ; quant à Fillon, il s’est engagé à revenir sur cette loi quand la droite sera de retour aux affaires.

« Une vraie pression morale des électeurs »


Christian Jacob à l’Assemblée nationale le 2 février (Witt/Sipa)

Pour Gaylib, satellite de l’UMP depuis 2003, l’affaire a été vite vue : « J’ai appelé à voter blanc pour renvoyer dos à dos les deux candidats à la présidence », raconte Catherine Michaud, la présidente de l’association.

« Déjà, l’an dernier, Gaylib n’a pas soutenu le candidat Nicolas Sarkozy, ni fait campagne pour les candidats UMP aux législatives. »

 

En janvier, l’association a carrément quitté l’UMP et se rapproche à petits pas de l’UDI.

Catherine Michaud se demande « si l’UMP n’a pas perdu sa branche humaniste et progressiste quand le parti radical est parti ».

Humanistes et progressistes, c’est ainsi que Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire se vivent. Et leur décision de s’abstenir sur le texte « mariage » a de quoi surprendre. Ils auraient pu saisir l’occasion de se démarquer, et prendre date.

 

« Il est toujours plus facile de suivre ses électeurs que de les précéder », soupire le radical Yves Jégo. Or « ils exercent une vraie pression morale ». Un député UMP concède que son parti a « peut-être été dépassé par sa base » dans cette histoire. Un autre dit pudiquement que « le mouvement se nourrit de l’image que les électeurs lui renvoient ».

 

« Outrancière »

Pour Valérie Debord, « c’est la gauche qui a poussé la droite à se radicaliser en mêlant au mariage les questions de filiation. Le mariage tout seul, quand on explique que ça revient pour deux adultes à s’engager dans des droits et des devoirs, ça parle à une grande partie de notre électorat ».

Sauf que peu de gens à droite avaient envie de convaincre. « Sur ce sujet, les partis de droite européens se sont profondément divisés », relève Jean-Michel De Waele, le doyen de la faculté des sciences sociales et politiques de l’Université libre de Bruxelles.

 

« En France, au contraire, l’opposition a voulu faire bloc contre le gouvernement de façon très théâtrale. Si elle n’avait pas été aussi outrancière, je ne suis d’ailleurs pas sûr que ce serait apparu comme une grande réforme de gauche. L’UMP est en train de faire à Hollande un formidable cadeau. »

La frilosité de la droite sur les mœurs n’est cependant pas seulement tactique et conjoncturelle. Prenez la GPA : Nadine Morano et une poignée de sénateurs UMP y sont favorables. Vous pouvez être permissif, voire libertaire sur un sujet – ce sera votre petite folie. A condition que ce soit le seul. Et encore : pas n’importe lequel.

 

« Les Français attendent plus d’ordre »

Sur les drogues, la moindre audace semble impensable. Cette semaine encore, la droite a vivement critiqué les salles de shoot. Les arguments pour s’y opposer varient selon les interlocuteurs. Mais l’ultime semble toujours le même :

 

« Quelque part, c’est dire que la République accepte, et ça, ce n’est pas possible. »

C’est peut-être là que réside aujourd’hui la principale différence de rapport à la loi entre la gauche et la droite sur ces questions. Sans toujours l’assumer très clairement, la gauche estime que la loi doit s’adapter aux évolutions de la société.

A droite, la loi doit dire l’idéal, et l’idéal est intangible. « Les cas particuliers, c’est aux juges de les régler. Le législateur n’est pas là pour réagir par rapport à des situations d’espèce mais pour dire comment on fait société », insiste Valérie Debord.

 

Depuis la mort du Quotidien de Paris, le positionnement « à droite mais libéral sur les mœurs » n’est plus valorisé non plus dans la presse. Pour la droite, le libéralisme est devenu une impasse, constate le député Daniel Fasquelle :

« Etre libéral, c’est soutenir ce qui peut apparaître comme facteur de désordre. Or les Français attendent de plus en plus d’ordre et de repères, les enquêtes d’opinion nous le montrent. »

 

« L’expression d’une angoisse »

Le PS ne fait d’ailleurs pas preuve d’une audace folle non plus. « La majorité des socialistes est extrêmement frileuse en matière de mœurs », observe Olivier Dussopt.

« La tradition catholique continue à nous imprégner. Au fond, il n’y a que chez les Verts, avec des figures comme Cohn-Bendit, qu’on trouve une tradition libérale-libertaire. »

Chez les manifestants contre le mariage gay qu’il connait, Yves Jégo a surtout entendu « l’expression d’une angoisse face à un avenir incertain pour une société qui se rêve telle qu’elle existait dans le passé ». Il croit que « cette difficulté à s’adapter au changement fait partie de l’âme française ».

 

Jean-Michel De Waele ne dit pas autre chose :

« La France est un vrai pays conservateur. Souvenez-vous le temps qu’il a fallu pour que le mouvement ouvrier se mette à défendre la contraception et l’avortement. Parce que vous avez fait la Révolution, vous avez l’impression que tout est fait et que la République transcende tous les combats. Mais le monde change chaque jour. »

Publié dans UMP FRONT NATIONAL

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