Journalistes espionnés : le procureur de Nanterre mis en examen

Publié le par Gérard

Le procureur de Nanterre Philippe Courroye, le 18 novembre 2010. (Photo Joel Saget. AFP)

 

Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, a été mis en examen mardi après-midi dans l'enquête dite des «fadettes» de journalistes du quotidien le Monde, a annoncé l'intéressé dans un communiqué transmis à l'AFP.

 

Philippe Courroye «conteste vigoureusement sur la forme et sur le fond» cette mise en examen par la juge parisienne Sylvia Zimmermann pour «collecte illicite de données à caractère personnel par un moyen frauduleux déloyal et illicite» et pour «violation du secret des correspondances», selon ce communiqué.

Le procureur est soupçonné d'avoir tenté de découvrir qui informait illégalement en 2010 des journalistes du quotidien travaillant sur l'affaire Bettencourt, en réclamant leurs factures téléphoniques détaillées («fadettes»).

 

Réputé proche de Sarkozy

«Deux recours ont été immédiatement déposés auprès de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris à l'encontre de cette mise en examen, qu'il conteste vigoureusement sur la forme et sur le fond», a fait savoir le procureur dans le communiqué.

 

«Cette mise en examen est, au regard du fonctionnement de la justice, d'une extrême gravité puisqu'elle touche au pouvoir d'enquête du procureur de la République, mission qu'il exerce, aux termes de la loi, au service de l'intérêt général», continue le communiqué.

 

Autrefois auréolé d'une réputation d'intransigeance vis-à-vis du pouvoir, née de ses années comme juge d'instruction à Paris, Philippe Courroye est la cible de vives critiques, de par sa proximité supposée, et qu'il réfute, avec le président Nicolas Sarkozy.

 

«Chant du cygne»

Ce lundi, lors de l'audience solennelle de rentrée du tribunal de grande instance de Nanterre, alors qu'il se savait convoqué dans le cabinet de Sylvia Zimmermann, Courroye avait fustigé les «donneurs de leçon fielleux dépourvus de mémoire et de bilan». Citant Mirabeau, le procureur avait conclu son discours par ces mots : «Le temps, ce juge incorruptible qui fait justice à tous


Le président de l'Union syndicale des magistrats (USM), Christophe Régnard, présent à cette audience, avait qualifié ce discours de «chant du cygne», rempli «d'autosatifaction et d'autojustification» et manquant de «prise de recul».


Dans un autre volet de cette affaire d'espionnage de journalistes du quotidien, la juge Zimmermann avait déjà mis en examen en octobre le patron du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, un proche du chef de l'Etat. Son supérieur, le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard, avait quant à lui été entendu sans être judiciairement mis en cause.

(AFP)

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