Inégalité des civilisations: un député apostrophe Guéant

Publié le par Gérard

article + vidéoLe député de Martinique apparenté PS Serge Letchimy a évoqué le «régime nazi» au sujet des déclarations de Claude Guéant, provoquant le départ de l'hémicycle des membres du gouvernement.

 

Députés de droite et ministres quittent l'Assemblée après les propos d'un député sur Claude Guéant, à Paris, le 7 février. (Photo Mehdi Fedouach. AFP)

 

Les membres du gouvernement, le Premier ministre François Fillon en tête, ont quitté mardi la séance des questions au gouvernement après qu'un député apparenté PS a évoqué «camps de concentrations» et «régime nazi» au sujet des déclarations de Claude Guéant sur l'inégalité des civilisations.

Serge Letchimy, député de la Martinique, a provoqué aussi le départ en masse des députés UMP et la levée de la séance en déclarant : «Mais vous, M. Guéant, vous privilégiez l'ombre, vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration» avant de se référer dans le brouhaha au «régime nazi».


Le président de l'Assemblée UMP, Bernard Accoyer, a vainement appelé au calme, puis a demandé au ministre des Relations au Parlement, Patrick Ollier, resté seul au banc du gouvernement, «si cette intervention appelait une réponse du gouvernement». En l'absence de réponse et alors que l'effervesence ne diminuait pas dans l'hémicycle, Accoyer a levé la séance.

Le 24 janvier, le président de l'Assemblée avait prévenu qu'il lèverait la séance en cas de nouveau dérapage, après un rappel à l'ordre du communiste André Gérin pour avoir perturbé les questions d'actualité.

Le 8 novembre 2011, Bernard Accoyer avait levé la séance après des propos de François Baroin, ministre de l'Economie, qui avait provoqué une bronca des députés PS en accusant la gauche d'avoir pris le pouvoir «par effraction» en 1997.

 

Dans les couloirs, le président des députés UMP, Christian Jacob, a réclamé des «excuses» après ces «propos prémédités» de M. Letchimy.

Letchimy persiste

Le député a, quant a lui, rétorqué qu'il ne ferait «aucune excuse publique» et que c'était au ministre de l'Intérieur de «s'excuser» pour ses propos. «Un processus est engagé depuis un moment, avec le discours de Dakar, pour dire qu'il y a des civilisations supérieures et inférieures», a ajouté M. Letchimy. «Vous imaginez le recul ? c'est un recul de l'esprit, un recul de l'éthique. C'est impossible pour moi, Martiniquais, fils d'esclave, fidèle d'Aimé Césaire, d'accepter ce genre de propos.»


Le Premier ministre, François Fillon, a demandé mardi aux «responsables de l'opposition» de «condamner» les propos tenus à l'Assemblée par le député apparenté PS Serge Letchimy. «François Fillon déplore que l'opposition ait choisi d'avoir recours à une provocation indécente lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale», indique Matignon dans un communiqué.

«Il est des comparaisons qui font honte à ceux qui les professent», ajoutent les services du Premier ministre. «La France est une démocratie, un Etat de droit dans lequel la parole libre ne saurait servir à salir, même un adversaire politique», poursuit le communiqué. Selon Matignon, «le martyre des victimes de la Seconde guerre mondiale ne doit pas être galvaudé pour des raisons partisanes».

«Le Premier ministre demande aux responsables de l'opposition de condamner les propos tenus dans l'hémicycle», conclut le communiqué de Matignon.

Le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer (UMP), a lui qualifié l'incident de «particulièrement grave» et mis en garde contre la «gravité d'un certain nombre de propos qui peuvent dériver vers des amalgames historiques inappropriés».


Le président du groupe des députés UMP, Christian Jacob, a lui aussi protesté contre les «propos inacceptables» de M. Letchimy.

«Provocations réitérées»

Le chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault, a estimé mardi que les «provocations réitérées du ministre de l'Intérieur» avaient contribué à dégrader le climat et que le député Serge Letchimy n'avait traité personne dans l'hémicyle de «nazi» ou de «concentrationnaire».

Jugeant, après la reprise des débats et une intervention de son homologue UMP, Christian Jacob, qu'il était «temps de ramener un peu de sérénité dans notre pays», M. Ayrault a considéré que «si nous n'assistions pas chaque semaine à des provocations réitérées du ministre de l'Interieur, cela ne nous conduirait pas à la dégradation d'un climat que l'on ne peut que regretter».


Copé monte au créneau

«Dans l'indécence et l'insulte, le PS de François Hollande n'a plus aucune limite. Serge Letchimy a en effet comparé la politique de la majorité au "régime nazi" qui a mené "aux camps de concentration". Ces propos sont une honte absolue dans la bouche d'un représentant du peuple français et discréditent profondément celui qui les a tenus », écrit le numéro un de l'UMP, Jean-François Copé dans un communiqué.

Comme le Premier ministre François Fillon, M. Copé «demande solennellement des excuses de la part des dirigeants du Parti socialiste». «En laissant dire puis en ne condamnant pas ces propos, le PS commet une inadmissible faute morale qui le déshonore», ajoute-t-il.

Les propos du député de la Martinique «sont d'autant plus honteux qu'ils n'ont pas été prononcés sous le sceau de la colère mais ont été écrits, pesés, prémédités avant d'être jetés à la face des députés UMP. Jamais des injures d'une telle gravité n'avaient été proférées au coeur même de l'Assemblée nationale», dénonce le député de Seine-et-Marne.

Selon lui, «la gauche n'en est pas à son coup d'essai» car «plusieurs députés PS, notamment Pierre Moscovici et Jean-Marie Le Guen, avaient déjà osé des amalgames odieux entre la montée du nazisme, Adolf Hitler et Nicolas Sarkozy».


Interrogé sur ce sujet lors de son passage au 20 heures de France 2 mardi soir, François Hollande, candidat PS à l'Elysée, s'est refusé à présenter les excuses que lui réclame la majorité. «Moi ce que je réprouve, c'est ces polémiques inutiles. Moi je veux rassembler les Français» , a-t-il dit, expliquant que M. Letchimy avait été «sans doute blessé et humilié»  par les déclarations de M. Guéant sur la différence des valeurs des civilisations.

Lors d'une réunion à huis clos samedi devant l'UNI, association étudiante proche de la droite, M. Guéant avait assuré que «toutes les civilisations ne se valent pas», ce qui a déclenché une vive polémique.

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(AFP)

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