Emmener sa fille à l’école ou sauver la France : le dilemme de Sarkozy

Publié le par Gérard


Nicolas Sarkozy, en décembre 2012 (NIVIERE/SIPA)

« Pas par envie. Par devoir » : une petite phrase de Sarkozy sur son éventuel retour, et la presse s’enflamme. Mais qu’a-t-il voulu dire ?

Cette prise de parole prend la forme de « propos recueillis » par le magazine Valeurs Actuelles et envoyés à l’AFP, « une interview qui ne dit pas son nom », dit France Info, un long reportage où l’ancien président dialogue avec différents interlocuteurs et se livre à quelques confidences.

« Le magazine de la droite qui s’assume » ne sort que jeudi et ne dit rien sur son site internet ni sur son compte Twitter. Mais l’essentiel a été livré aux commentateurs : « il » imagine revenir, y prépare les esprits, ne veut pas disparaître définitivement. Enfin, ce n’est pas exprimé de façon si limpide que cela. Ce serait trop simple.

Nicolas Sarkozy, dont c’est la première intervention dans le débat public depuis sa sortie sur la Syrie en août dernier, adopte clairement la posture gaullienne de l’homme : peu importe son sort personnel.

« Je serai obligé d’y aller »

Voici ses propos, rapportés par Valeurs Actuelles, où l’on notera que sa fille, âgée de 17 mois, est très précoce :

« Il y aura malheureusement un moment où la question ne sera plus : “avez-vous envie ?” mais “aurez-vous le choix ?” [...] Dans ce cas, je ne pourrai pas continuer à me dire : je suis heureux, j’emmène ma fille à l’école, et je fais des conférences partout dans le monde. Dans ce cas,


La une de Valeurs actuelles à paraître le 7 mars (DR)

effectivement, je serai obligé d’y aller. Pas par envie. Par devoir. Uniquement parce qu’il s’agit de la France. »

Pour bien se positionner au-dessus de la mêlée, l’ancien président précise que « la politique, c’est fini », et dit même tout le mépris que lui inspire ce milieu :

« Que ce soit clair, je n’ai pas envie d’avoir affaire au monde politique, qui me procure un ennui mortel. Et puis, regardez comment j’ai été traité ! [...] Vous croyez vraiment que j’ai envie ? Sans compter la manière dont ils ont traité ma femme. »

C’est donc son analyse de la gravité de la crise qui le pousse à reprendre la parole. Nicolas Sarkozy prédit – comme si on n’y était pas déjà :

« Il y aura une crise sociale. Puis on va se prendre une crise financière d’une violence rare et ça finira par des troubles politiques. [...] Les Français sont moins en colère qu’effrayés. »

Face à cette situation, il voit un « pays tenaillé entre la poussée de l’extrémisme de gauche et celui de droite », avec « aucune solution de recours à droite ni à gauche ». Et du coup, tel un De Gaulle rassembleur, lui seul pourra faire la synthèse et éviter le chaos.

62% des Français ne veulent pas de son retour

Reste à comprendre ce qu’il faut interpréter de cette non-entrée dans l’arène, prompte à semer la zizanie dans une UMP qui n’en a pas besoin.

Alors que François Fillon est en train de poser les jalons de sa candidature en 2017, l’ancien président ne veut pas laisser son ex-Premier ministre se croire déjà arrivé.

Selon Jean-François Achili sur RMC, une enquête Ifop va confirmer le récent sondage BVA :

« Nicolas Sarkozy écrase la concurrence, quarante points devant François Fillon. Bien plus encore devant Jean-François Copé, dont l’image ne décolle pas. Certains disent du président de l’UMP qu’il se mettra immédiatement dans les pas de l’ancien président, s’il revient. »

Mais dans ce sondage une chose est plus claire : 62% des Français ne veulent pas du retour de Sarkozy. En même temps, « moins d’un an après sa défaite, on a quand même encore un Français sur trois qui souhaiterait qu’il soit encore candidat, ce qui n’est pas rien », remarque Jérôme Fourquet, le directeur du département opinion de l’Ifop.

Pour Sarkozy, jouer de son lien direct avec le peuple alors que l’UMP ne sort pas de sa crise est une manière pas très loyale mais assez habile de préparer effectivement son retour. Et de tenter de faire oublier qu’il aura d’abord à gérer des rendez-vous avec la justice. Après un passage dans le bureau du juge Gentil dans le cadre de l’affaire Bettencourt en novembre dernier, les affaires Karachi et Takieddine sont loin d’être closes.

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