Depardieu, Mordovie mon amour

Publié le par Gérard

Victory Square à Saransk.
Victory Square à Saransk. Crédits photo : Itar-Tass/Itar-Tass/ABACA
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VIDÉO - Cette région de lacs, à la température clémente, abritait dans les années 30 les camps de concentration staliniens. Visite guidée.

 

À Moscou

«Tout ce qu'il me faut pour mon bonheur, c'est une maison avec un lac», a déclaré Gérard Depardieu. En Mordovie, où il s'est vu offrir par les autorités locales un logement et un poste de ministre de la Culture - qu'il devrait décliner -, l'acteur français aura de quoi rassasier sa soif de calme et d'inspiration, au moins si l'on en croit les brochures officielles de la région, située à 600 kilomètres au sud de Moscou, notamment connue pour ses quelque 500 lacs et ses températures clémentes. Avec 25 degrés l'été et - 10 l'hiver, la pêche, notamment, s'y révèle agréable aux yeux de la classe moyenne moscovite qui part, en toutes saisons, y respirer un bol d'air frais.

 

carte de la republique russe de mordovie

La Mordovie est une «république» de 800.000 habitants, dont elle n'a que le nom. Son gouvernement est de façade, la région vit sous perfusion du Kremlin et, en retour, aux termes d'élections parlementaires largement falsifiées, a doté en 2011 le parti poutinien, Russie unie, de scores faramineux, souvent proches des 100%.

La capitale, Saransk, est une ville de province, sans charme particulier, semblable à la plupart des cités russes. Au moins dispose-t-elle d'un musée qui raconte notamment l'épopée du révolutionnaire paysan Emelian Pougatchev qui, dans les années 1770, menaça la toute-puissance de l'empire tsariste.

 

 

Ce héros inspira Pouchkine qui en fit l'un des personnages centraux de son unique véritable roman, La Fille du capitaine (1836), et que pourrait prochainement incarner Depardieu à l'écran. Par ailleurs, le comédien, membre d'honneur de la Fédération internationale de football, a déjà promis de vanter auprès de son président Sepp Blatter les mérites de Saransk, qui accueillera plusieurs matchs de la Coupe du monde 2018.

 

Premiers camps de concentration soviétiques

 

L'acteur français aura de quoi rassasier sa soif de calme et d'inspiration, au moins si l'on en croit les brochures officielles de la région, située à 600 kilomètres au sud de Moscou, notamment connue pour ses quelque 500 lacs et ses températures clémentes.
L'acteur français aura de quoi rassasier sa soif de calme et d'inspiration, au moins si l'on en croit les brochures officielles de la région, située à 600 kilomètres au sud de Moscou, notamment connue pour ses quelque 500 lacs et ses températures clémentes. Crédits photo : Itar-Tass/Itar-Tass/ABACA

Hormis la pêche et la gestion des affaires sportives, Gérard Depardieu pourra s'adonner à la méditation, en fréquentant les treize monastères que compte la région, permettant à la Mordovie de figurer, sur le site de la patriarchie orthodoxe moscovite, comme un lieu saint. S'il pousse un peu plus loin les recherches historiques et s'aventure à l'ouest, plus loin de Saransk, l'acteur découvrira le passé moins glorieux de la région, que les autorités fédérales n'ont jamais, jusqu'à ce jour, véritablement assumé.

 

C'est là qu'au début des années 1930, apparurent les premiers camps de concentration soviétiques, avant qu'ils se spécialisent dans l'internement des membres du clergé. Au temps de la terreur stalinienne, près de 40.000 prêtres y furent fusillés. Même le «libéral» Kroutchev y envoya, en 1967, le journaliste et dissident Alexandre Guinzbourg. Aujourd'hui, les camps ont été transformés en colonies, dans laquelle séjourne l'une des deux Pussy Riot.

 

La population carcérale a été quasiment divisée par deux par rapport à l'époque soviétique (environ 15.000 prisonniers répartis dans 18 colonies), mais les Russes continuent à fredonner la chanson des camps de Mordovie: «Je marche en silence, mais mon âme pleure, je murmure une prière et je veux m'enfuir… dans les camps de Mordovie, les lois ne sont pas faites pour les voleurs, ici, la nature est belle, mais la zone est rouge.»

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