Comptes de campagne : Sarkozy a utilisé l'argent de l'Etat, j'en ai été témoin

Publié le par Gérard

Le 27 mars 2006, Sarkozy était ministre de l'Intérieur. Il s'est rendu à Douai et y a prononcé un discours plutôt étrange pour un ministre en exercice. Alors que les comptes de l'ancien président viennent d'être retoqués, Gino Hoel s'est retrouvé malgré lui, non loin du lieu du meeting. Il nous raconte pourquoi il n'est pas étonné de la décision de la Commission nationale.

Édité par Henri Rouillier  

Nicolas Sarkozy lors de son départ de Roissy pour Shanghai, le 24 novembre 2012 (JDD/SIPA).

Nicolas Sarkozy lors de son départ de Roissy pour Shanghai, le 24 novembre 2012 (JDD/SIPA).

 

ARGENT PUBLIC. La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a déclaré que Nicolas Sarkozy a fait campagne en 2011 avec l’argent de l’État. Relayée par les médias, l’information ne manque pas de sel. Car cette commission se trompe lourdement. Nicolas Sarkozy fait campagne en utilisant les moyens de l’État depuis 2002.

 

Au Nord, rien de nouveau

 

Nommé place Beauvau par Jacques Chirac, le fougueux ministre est parti dans les 4 coins du pays grâce aux services mis à disposition par la République pour prêcher son évangile à des militants triés sur le volet, placés sur son chemin, l’acclamant, le louant, beuglant des "Nicolas président !" sur l’air des lampions.

 

La présence de journalistes et autres reporters, présents pour relayer la logorrhée sarkozyste, a nécessairement aidé le peuple à croire que seul cet homme pouvait sortir de l’ornière ce pauvre pays, encore sous le choc du 21-Avril-2002, traversé par une ligne conservatrice et archi-individualiste que l’alors maire de Neuilly-sur-Seine incarnait merveilleusement, entre rodomontades musclées et bling-bling pipole.

 

Et pour ce faire, services et équipements en tout genre ont été réquisitionnés pendant 5 années, participant à la campagne permanente qui déboucha sur l’élection présidentielle de 2007 et la victoire de Nicolas Sarkozy. À ce titre, je puis donner un exemple vécu.

 

C’était le 27 mars 2006. Le ministre de l’Intérieur est venu officiellement à Douai pour rencontrer le maire et je-ne-sais-trop-qui mais surtout tenir meeting le soir, à Gayant Expo. Devant le ban et l’arrière-ban : des militants et sympathisants UMP du Nord-Pas de Calais, transportés par cars bondés pour applaudir le champion. Je travaillais à l’époque dans une ville limitrophe de Douai. L’un de mes responsables m'a demandé, ce jour-là, de le conduire à la gare de Douai. Nous avions juste oublié la présence de Nicolas Sarkozy à la sous-préfecture…

 

Surprise ! Nous n’avions jamais vu autant de policiers de nos vies, déployés par centaines sur le parcours ministériel ! Dans chaque rond-point (et Dieu sait qu’il y en a à Douai !), une dizaine d'uniformes au garde-à-vous, de même que le long des routes. Et évidemment une circulation épouvantable.

 

Campagne dès 2006

 

Le discours prononcé ce soir-là "pour une France plus juste" restera comme un jalon dans la campagne du candidat UMP, son point de vue sur le dialogue social et, déjà, la "rupture" comme meilleur remède de grand-mère à appliquer dans ce domaine, comme dans tous les autres. On peut d’ailleurs compter sur le site vie-publique.fr pour retrouver la trace de cette harangue. On notera que Nicolas Sarkozy y est présenté comme "ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP".

 

Mon camarade et moi-même, interloqués et choqués, nous disons que cet homme, décidément, ne doute de rien. Déjà lecteur du "Canard enchaîné", je décide alors de contacter la rédaction pour leur faire part de ce que j'ai vécu : j'en suis témoin, le candidat à la présidentielle fait campagne en utilisant les moyens de l’État. Le Palmipède a déjà rapporté de nombreux cas similaires, comme ceux d’Agen peu de temps auparavant, où le ministre de l’Intérieur avait officiellement visité une ville dans le cadre de ses fonctions gouvernementales, avec tout le déploiement républicain, et en avait profité pour tenir une réunion politique plus ou moins importante, tout en regagnant Paris. Douai n'est qu'un exemple – infime – parmi tant d'autres.

 

Ce curieux mélange des genres est pointé régulièrement par l’hebdomadaire satirique. Il est repris par une partie de la gauche qui trouve anormale cette façon de procéder et demande qu’une partie de ces frais soient – déjà ! – imputés aux frais de campagne du candidat UMP. Las ! Tout ceci resta lettre morte, à plus forte raison que le candidat UMP devint dans l’intervalle président de la République. 

 

Un bien mauvais exemple

 

Mais en 2012, c’est une autre histoire qui s’écrit : le sortant a été sorti. Et la Commission nationale… (dite CNCCFP), en se penchant sur les comptes de la campagne sarkozyste, découvre – mieux vaut tard que jamais – que l’ancien maire de Neuilly-sur-Seine a utilisé dans le cadre de ses fonctions présidentielles l’argent de l’État pour faire campagne contre François Hollande, son victorieux adversaire socialiste.

 

Et donc rejette ses comptes. Ce qu’il en adviendra, l’avenir nous le dira. Mais enfin, il était temps d’ouvrir les yeux pour dénoncer publiquement ce que chacun savait déjà – depuis bien longtemps – dans ce pays sur les pratiques de l’ancien chef de l’État et les libertés prises par celui-ci avec les deniers publics pendant dix ans de pouvoir. D’ailleurs, les exemples ne manquent pas : indemnités présidentielles augmentées de 172% (!) dans les premières semaines suivant sa prise de fonction en 2007, envolées de la colonne dépenses du budget de l’Elysée, Air Sarko One…, tout cela souvent évoqué par René Dozières, député apparenté PS de l’Aisne, dans ses rapports annuels.

 

L’actuel locataire de l’Elysée a, semble-t-il, commencé à alléger tout cela et tailler dans les dépenses. Il faut poursuivre. Le peuple ne doit pas être le seul à se serrer la ceinture : l’exemple doit aussi venir d’en haut et de tous les élus du peuple qui régissent l’État.

 

Les problèmes, à droite, se poursuivent. Le président autoproclamé de l'UMP, Jean-François Copé devrait faire sienne cette gasconne formule de Jacques Chirac, son ancien héros, à qui il a rendu hommage par ailleurs le soir de son putsch : "Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille!"

Commenter cet article