Comment Hollande s’est mué en chef de guerre en Afrique

Publié le par Gérard

S’il y a une chose qu’on n’attendait pas de François Hollande, c’était de le voir en chef de guerre après quelques mois de présidence. Encore moins en Afrique.


François Hollande à l’Elysée, le 11 janvier 2013 (Philippe Wojazer/AP/SIPA)

Depuis son arrivée à l’Elysée, François Hollande a consacré beaucoup de temps à la crise malienne, recevant beaucoup, consultant beaucoup, mais avec en tête une stratégie qui devait permettre à la France de ne pas se placer en première ligne.


Hollande renforce le plan Vigipirate en France
A l’issue d’un Conseil de défense qui s’est tenu une bonne partie de l’après-midi à l’Elysée, le président Hollande a annoncé le renforcement du plan Vigipirate en France. Il est actuellement activé au niveau « rouge » et pourrait donc passer au niveau « écarlate ». Le chef de l’Etat réunira un nouveau Conseil de défense, pour la troisième journée consécutive, dimanche à 15h.

Cette stratégie, qui devait donner le premier rôle aux armées africaines elles-mêmes, n’a pas été suffisante, puisque c’est l’armée française qui assume l’opération de sauvetage du sud du Mali. Officiellement, elle agit « en appui » à l’armée malienne, mais de fait en première ligne, vu l’état de déliquescence de l’armée maliennne.

Pour autant, François Hollande est parvenu, en quelques semaines, à faire apparaître un positionnement en décalage par rapport à ses prédécesseurs. Pas encore de rupture franche avec la mythique Françafrique, ces réseaux d’influence et d’intérêts entre la France et le continent noir, mais une véritable inflexion.


« Ce temps-là est terminé »

Fin décembre, François Hollande avait refusé de répondre au SOS du président centrafricain, François Bozizé, dont la capitale, Bangui, était menacé par des rebelles armés. Le président français avait expliqué son refus :


« Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique. Ce temps-là est terminé. »


Trois semaines plus tard, un autre président africain, celui du Mali, appelle à l’aide, et François Hollande déclenche une opération militaire de grande envergure avec déploiement de moyens aériens, bloquant l’avancée d’une colonne armée en direction de la capitale, Bamako.


La différence entre les deux opérations est évidente. François Bozizé est un militaire arrivé au pouvoir par la force, et menacé par des hommes qui ont décidé de l’imiter. Il a pris l’armée française pour une assurance-vie de son régime, ce qu’elle a trop longtemps été sur le continent, depuis l’époque incestueuse de Jacques Foccart, le Monsieur Afrique du général de Gaulle.


Enjeux différents au Mali

Ce n’est assurément pas pour sauver le régime de Bamako, de fait inexistant depuis un coup d’Etat et de nombreuses péripéties politiques depuis un an, que la France intervient au Mali.


C’est pour défendre ce qui reste, malgré tout, une zone d’influence française, qu’elle le veuille ou pas, face à des groupes d’idéologie islamiste et de pratique mafieuse, qui gangrènent l’ensemble de la zone sahélienne, de la Mauritanie à l’ouest jusqu’au Nigeria à l’est.


L’attentisme français depuis la prise de contrôle du nord par la coalition hétéroclite de mouvements islamistes armés et de rebelles touaregs, aux agendas différents, avait inquiété dans la région, en attendant la mise en place – lente, très lente – d’une force africaine d’intervention.


La tentative des islamistes de percer vers le sud, en profitant de la désorganisation du pouvoir de Bamako et de la lenteur des réactions internationales, posait un défi majeur : si ces groupes prenaient le contrôle de l’ensemble du Mali, c’était une déstabilisation assurée pour toute la sous-région et un calvaire pour l’islam modéré du Mali.


Crédibilité française

François Hollande a pris la décision qui, seule, permettait de restaurer la crédibilité française sur le continent, en volant au secours d’un pays trop faible pour se défendre face à des rebelles extrêmement mobiles et déterminés.


Ce faisant, il se retrouve dans la posture qui fut celle de ses prédécesseurs, c’est-à-dire celle du grand chef blanc qui, avec quelques centaines d’hommes et quelques avions et hélicoptères, peut inverser le cours de l’Histoire dans un pays souverain. Chacun des prédécesseurs de Hollande à l’Elysée a connu cette posture, de de Gaulle à Sarkozy.


Le trait est accentué par la concomitance de l’opération de sauvetage ratée en Somalie, pour tenter de libérer l’otage de la DGSE aux mains des islamistes somaliens. Deux fronts simultanés sur le continent, c’est tout aussi inattendu.


Nouveaux rapports

Le rapport de la France au continent noir a beaucoup évolué depuis deux décennies. Après la chute du mur de Berlin, Paris a progressivement détourné son regard, économique, politique, affectif, de l’Afrique en faveur de l’Europe réunifiée et des puissances émergentes.


L’Afrique elle-même a diversifié ses partenaires, et la Chine occupe désormais une place de choix économiquement et humainement (au moins un million de Chinois vivent sur le continent), profitant de l’éclipse des anciennes puissances coloniales.


L’opération au Mali montre que le lien franco-africain est loin d’être rompu, et loin d’être indifférent. La France ne veut pas perdre son « hinterland » et l’Afrique ne veut pas perdre son « parrain », même si celui-ci ne veut plus jouer au gendarme à tous les coups.

Il reste donc aujourd’hui deux défis sur les bras de François Hollande, après avoir franchi le Rubicon de cette intervention armée au Mali :


  • réussir cette opération sous toutes ses facettes : rétablissement de la souveraineté malienne sur tout son territoire, mais aussi solution politique qui passe par une clarification démocratique à Bamako et surtout des droits pour les Touaregs au nord ;
  • poursuivre cette redéfinition de la politique africaine de la France : quand intervient-on ?
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  •  Quels rapports politiques, économiques, culturels ? La France à la recherche d’un nouveau souffle peut assurément trouver dans un partenariat renouvelé avec l’Afrique une partie des solutions.

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