Comment garder la cote en temps de guerre.......

Publié le par Gérard

000_Par7446179Le Président chef de guerre peut se réjouir. Sa décision d'intervenir au Mali a soudain tétanisé les multiples thermomètres de confiance et baromètres d'image qui affichaient, mois après mois, des températures et prévisions toujours plus moroses. La prévisible unité nationale sur le sujet qualifié de lutte anti-terrorrisme a transformé le Hollande bashing des médias en Hollande praising, les commentaires soulignant le possible tournant du quinquennat en termes d'image.

 

C'est une figure classique de la communication politique qu'un événement fédérateur — menaces aux frontières, interventions militaires, catastrophes naturelles, etc. — profite, en termes d'opinion, à celui qui est en position de gérer la situation de crise. Sauf erreur grossière, François Hollande a les cartes en main pour bénéficier d'un effet positif d'image, au moins à court terme. Ceci explique, a contrario, le faible écho de la bataille politique que tentent de livrer les uns ou les autres sur les risques encourus par la France ou la solitude de nos soldats sur le théâtre d'opérations.

 

Les sondages au secours de la com' de guerre

L'institut BVA, en début de semaine, a souligné combien les Français, au vu d'un récent sondage, avaient modifié leur jugement sur certains traits de caractère du Président. Par rapport au mois de septembre 2012, ils sont 17 % de plus à le considérer «capable de prendre les décisions qui s'imposent», 9 % de plus à l'estimer «compétent» et même, cerise sur le gâteau, 11 % de plus à lui reconnaître qu'il «explique bien son action». De quoi satisfaire ceux qui trouveraient bénéfice à la com' de guerre.

 

L'institut CSA, de son côté, a posé une question «auto-analytique» aux Français : «L’action de François Hollande en ce qui concerne le conflit malien a-t-elle changé en bien, changé en mal ou n’a pas changé l’image que vous aviez de lui ?». Est-ce la formulation de l'interrogation ? Les résultats indiqueraient, à l'inverse du précédent sondage, un profil plutôt plat à l'effet Mali. 60 % des personnes interrogées apportent une réponse négative, 19 % ont une meilleure image et 10 % une moins bonne. L'amélioration vient principalement du côté des personnes âgées.


Le risque du temps long

En vérité, le bénéfice de la com' de guerre n'a malheureusement qu'un temps, qui est généralement court. Lors des frappes aériennes en Libye, Nicolas Sarkozy avait profité d'un rebond provisoire avant de retomber rapidement dans les tréfonds d'une faible popularité. La mécanique d'immédiateté de la démocratie d'opinion provoque des réactions d'une faible profondeur, surtout quand le sujet — même de consensus national—- apparaît loin des préoccupations quotidiennes immédiates.


Pour tout gouvernement, les effets positifs d'un engagement dans la guerre ne peuvent être capitalisés durablement qu'à deux conditions. La première est la clarté de l'objectif et la démonstration irréfutable de sa réalisation. La seconde est la maîtrise de la durée et l'évitement de toute forme d'embourbement. Pour l'heure, s'agissant de l'intervention française au Mali, ces deux conditions sont loin d'être réunies. Dès lors, le risque principal de la com' de guerre est de se transformer en une guerre de com'.

 

Celle-ci s'alimentera, au fil du temps long, des inévitables dégâts humains et des probables réajustements d'objectifs que l'opinion ne manquerait pas de sanctionner rapidement.

Photo Philippe Wojazer. AFP: François Hollande le 19 janvier à Tulle, avec des soldats en partance pour le Mali.

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