Cahuzac : la police a récupéré l’enregistrement, l’enquête démarre

Publié le par Gérard

Il a tenu parole. L'avocat Michel Gonelle, ancien bâtonnier du barreau d'Agen et ancien maire RPR de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), a remis à la police, mercredi 16 janvier, une copie d'un enregistrement téléphonique dans lequel l’actuel ministre du budget Jérôme Cahuzac (PS) évoquait son compte suisse non déclaré, dont il nie aujourd’hui l’existence.

 

Michel Gonelle a été entendu pendant plusieurs heures, hier, par les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières et fiscales (Dniff) chargés d’exécuter l’enquête préliminaire ouverte la semaine dernière par le parquet de Paris pour « blanchiment de fraude fiscale ».

Michel Gonelle 
Michel Gonelle© dr

Mediapart a rendu public, le 5 décembre, le contenu d’un message téléphonique que Jérôme Cahuzac avait déposé involontairement sur le répondeur de Michel Gonelle, son futur rival à l’élection municipale de 2001 à Villeneuve-sur-Lot, alors qu’il discutait avec un chargé d’affaires.

 

Durant cette conversation datant de la fin de l'année 2000, Jérôme Cahuzac se montrait embarrassé au sujet de l’existence d’un compte ouvert à l’UBS de Genève. « Ça me fait chier d’avoir un compte ouvert là-bas, l’UBS c’est quand même pas forcément la plus planquée des banques », confiait notamment le futur ministre du budget à son interlocuteur, le gestionnaire de fortune Hervé Dreyfus, associé depuis 1994 au banquier suisse Dominique Reyl.

 

Alors candidat aux municipales de 2001, Jérôme Cahuzac précisait également : « Il n’est pas exclu que je devienne maire au mois de mars (ce qui fut en effet le cas – ndlr), donc je ne tiens vraiment pas du tout à ce qu’il y ait la moindre ambiguïté. »


Dix jours après la révélation du contenu de la bande, Michel Gonelle a pris attache, sans se cacher, avec l’Élysée, plus particulièrement avec le directeur adjoint du cabinet du président de la République, le sous-préfet Alain Zabulon, pour certifier son « authenticité » et l’identité de son correspondant, Jérôme Cahuzac.

 

Devant les policiers qui l’ont entendu hier, Michel Gonelle a confirmé ses propos, expliquant, selon une source proche du dossier, qu’il n’y avait pas la place au moindre doute concernant l’identité de Jérôme Cahuzac.

Jérôme Cahuzac à l'Assemblée nationale 
Jérôme Cahuzac à l'Assemblée nationale© Reuters

Les enquêteurs devraient procéder désormais à des vérifications techniques pour s’assurer de l’absence de montage de la bande – ce que Mediapart avait fait avant de la rendre publique.

 

À ce jour, l’enregistrement ne fait l’objet d’aucune contestation judiciaire par le ministre du budget : il n’est visé par aucune plainte pour « faux », pas plus que l’article l’ayant révélé n’est visé par les plaintes en diffamation déposées par M. Cahuzac. Mieux : dans des mails dont Mediapart a pu avoir connaissance, Jérôme Cahuzac n’a jamais contesté l’authenticité de la bande, au contraire. Ainsi, le 5 décembre 2012, échangeant avec un vieil ami qui l’interrogeait sur un éventuel « montage », le ministre évoquait plutôt une « mauvaise plaisanterie sortie du contexte ».


Avec l’audition de Michel Gonelle, l’enquête visant le ministre du budget ne fait que commencer. D’autres auditions sont d’ores et déjà prévues. Devraient être entendus dans les prochaines semaines Patricia Cahuzac, la future ex-épouse du ministre, le gestionnaire de fortune Hervé Dreyfus, l’ancien juge Jean-Louis Bruguière, qui a détenu l’enregistrement, mais jure ne pas l’avoir écouté, et l’agent du fisc Rémy Garnier, qui avait fait part dans un rapport de juin 2008 de ses soupçons sur le compte suisse de Jérôme Cahuzac.

L’enquêteur du fisc avait alors réclamé à sa hiérarchie l’ouverture d’une enquête, à l’époque où le ministre du budget était Éric Woerth. Sa requête était restée lettre morte. Il aura finalement fallu attendre cinq ans (et quelques péripéties politico-médiatiques…) pour que la justice se mette en branle.

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