Autour de Lance Armstrong, un dopage organisé à la Festina

Publié le par Gérard


Lance Armstrong à l’entraînement à Rotterdam, 2 juillet 2010. (Joël Saget/AFP)

Lance Armstrong croyait être tiré d’affaire. Il a avoué s’être pris une cuite en février quand, pour d’obscures raisons, la justice américaine a abandonné toutes les charges contre lui. Mais l’agence antidopage américaine (USADA) a repris le flambeau et mené de nouvelles investigations. Le septuple vainqueur du Tour de France est à nouveau dans la nasse.

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Un dopage organisé

Comme chez Festina

 

L’USADA décrit un système de dopage organisé au sein de l’équipe de Lance Armstrong, appelée successivement US Postal et Discovery Channel, durant les sept années qui l’ont vu remporter le Tour de France.

L’affaire est baptisée « Conspiration USPS “, pour US Postal Services. L’USADA écrit :

‘Le but de la conspiration USPS était de prendre des produits dopants et de suivre des protocoles dopants (...) pour améliorer leurs performances physiques et sportives (...), de suivre des techniques pour éviter la détection de ces produits dopants et d’empêcher que la vérité éclate concernant le dopage au sein de l’équipe’.

Six personnes sont visées : Lance Armstrong est le seul cycliste. Il est le seul coureur ayant refusé de collaborer avec l’USADA.

Comme dans l’affaire Festina, c’est le personnel encadrant qui est particulièrement visé, celui qui a préparé, organisé, alimenté et couvert ce dopage organisé. Voire suggéré.

Les responsables d’équipes n’ont jamais de mots assez durs pour condamner leurs coureurs contrôlés positifs, qu’ils ont parfois eux-mêmes aidé à se doper. Cette fois, ils sont dans le filet.

Le grand manitou du système était Johan Bruyneel, le manager des équipes de Lance Armstrong. Aux fourneaux, il y avait les docteurs des équipes, Pedro Celaya et Luis del Moral, le ‘consultant’ médical de l’équipe, Michele Ferrari, et l’entraîneur Jose Pepe Marti.

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Le manuel du bon dopé

Les bons produits et comment échapper aux contrôles

 

Grâce aux témoignages de ‘plus de dix coureurs et employés des équipes’, l’agence américaine, dirigée par le tenace Travis Tygart, est entrée dans la pharmacie des équipes d’Armstrong. Elle y a trouvé :

  • De l’EPO, qu’ils appelaient entre autres ‘Edgar Allen Poe’ – un peu de littérature dans ce monde de brutes –. Les plans d’entraînements prévoyaient la prise d’EPO, les injections étaient faites par l’un des trois docteurs. Cela a continué après la mise au point du test de détection de l’EPO, en l’utilisant par micro-doses ou en intraveineuse pour qu’elle soit indétectable.
  • Les tranfusions sanguines, dont l’usage s’est renforcé après la détection de l’EPO. ‘Armstrong se servait des transfusions sanguines, a été vu en train de s’injecter du sang, y compris durant le Tour de France, et était équipé chez lui pour le dopage sanguin.’
  • La testostérone, appelée ‘huile’ car elle était prise oralement avec de l’huile pour être absorbée directement par le système lymphatique : cela la rendait plus efficace et moins dangereuse pour la santé. Il y avait aussi des patchs et des injections de testostérone.
  • L’hormone de croissance, produit miracle qui améliore la masse musculaire, la force, la récupération et aide à maigrir.
  • Les corticoïdes, autorisées dans certaines circonstances mais dont l’usage était ici détourné pour améliorer la performance et couvert par de fausses ordonnances.
  • Les injections de plasma et de solution saline pour que le taux d’hématocrite ne dépasse pas la limite autorisée (50%). ‘Le taux d’hématocrite de chaque coureur était toujours surveillé avec attention’ par l’encadrement médical, dit l’USADA.
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Les conséquences pour Armstrong

Ses sept Tours et son image aux Etats-Unis

 


Lance Armstrong sort de l’eau après l’épreuve de natation du triathlon de Kapalua, à Hawaii (Hugh Gentry/Reuters)

Selon l’USADA, Armstrong s’est dopé durant toute la période durant laquelle il a dominé le Tour de France. Elle dit avoir des preuves de son dopage en 2009 et 2010, durant son retour à la compétition, ce qui est nouveau. Les échantillons prélevés à cette époque, fournis par d’autres agences nationales, prouvent le dopage sanguin ‘que ce soit par la prise d’EPO et/ou des transfusions sanguines’.

Dans l’immédiat, Lance Armstrong est interdit de pratiquer le triathlon. Il vient de remporter un triathlon à Hawaii et devait participer à l’Ironman de Nice fin juin.

Il est impossible pour l’instant de dire si l’USADA peut faire retirer ses sept victoires dans le Tour de France à Lance Armstrong. En théorie, il y a prescription au-delà d’une période de huit ans, ce qui impliquerait, si sa culpabilité était prouvé, qu’il conserverait ses cinq premiers Tours.

Mais l’USADA envisage clairement de faire sauter cette limite lorsqu’elle indique que ‘les résultats au-delà de cette période peuvent être annulés’ s’il y a eu ‘fausse déclaration’ ou tentative de ‘dissimulation’.

En cas de sanction, Armstrong peut encore faire appel devant le Tribunal arbitral du sport : l’affaire ne sera sûrement pas réglée avant la fin de l’année.

Au-delà du champion, Lance Armstrong est une icône américaine. Aux Etats-Unis, lancer le sujet de sa culpabilité est l’assurance d’un débat très animé. Son aisance dans les médias, son histoire – survivant du cancer – et son travail dans la lutte contre le cancer lui assure une grande popularité.

Les soupçons de dopage reposaient jusqu’ici sur les accusations d’un journal français – L’Equipe, en 2005 –, sur la base d’un contrôle réalisé par un laboratoire français – celui de Châtenay-Malabry, qui l’a trouvé positif à l’EPO en 1999 –. Il faisait appel dans ce cas au fond anti-français de ses fans américains.

Il y avait aussi les témoignages de ses anciens coéquipiers Tyler Hamilton et Floyd Landis. Il était facile dans ce cas de souligner l’absence de crédibilité de coureurs contrôlés positifs et suspendus, qui ont longtemps démenti tout dopage avant d’avouer.

Cette fois, c’est une instance américaine qui l’accuse de dopage durant dix ans. Elle s’appuie sur plus de dix témoins et des contrôles réalisés dans plusieurs pays. L’opinion pourrait y accorder une plus grande crédibilité et ne plus croire Armstrong.

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D’autres figures du cyclisme éclaboussées

Bruyneel, Hincapie, Contador...

 

Johan Bruyneel est actuellement le manager de l’équipe RadioSchack-Nissan, l’une des plus puissantes du peloton : c’est celle de Fabian Cancellara et des frères Andy et Fränk Schleck. Il pourrait être interdit à vie de s’approcher d’une roue de vélo. Pedro Celaya est l’un des deux médecins de l’équipe.

Pepe Marti a été l’entraîneur d’Alberto Contador chez Discovery Channel puis chez Astana. Selon un assistant de l’équipe, il l’accompagnait partout, en stage et en compétition. Contador n’est officiellement plus suivi par Marti depuis 2011. Il est suspendu jusqu’au 5 août 2012 pour un contrôle positif au clenbutérol.

George Hincapie a témoigné devant la justice américaine à l’époque où elle menait encore l’enquête. Il a accompagné Armstrong durant ses sept Tours de France et court encore au sein de l’équipe BMC. Le 11 juin – drôle de coincidence –, il a annoncé qu’il prendrait sa retraite après le Tour de France, auquel il est censé participer.

Plusieurs anciens de l’école Bruyneel-Armstrong sont encore cyclistes de haut niveau. Parmi eux, on trouve Ryder Hesjedal, vainqueur du Tour d’Italie 2012, Tom Boonen, meilleur coureur de classiques cette saison, Levi Leipheimer et Jürgen Van den Broeck, deux des favoris du prochain Tour de France.

Enfin, il y a l’Union cycliste internationale (UCI). Pour l’image du vélo, évidemment. Mais surtout parce que plusieurs témoins ont raconté à l’USADA l’épisode suivant.

En 2001, sur le Tour de Suisse, Armstrong est contrôlé positif à l’EPO. Le contrôle ne sera jamais connu, il ne sera jamais inquiété car, a-t-il dit à ses coéquipiers, le résultat a été enterré. Ce qui ne pourrait être que le fait de l’UCI. Armstrong avait de bonnes relations avec le président de l’époque, Hein Verbruggen.

Interrogé par l’agence antidopage, le directeur du laboratoire de Lausanne, qui avait mené le contrôle, a confirmé que l’échantillon montrait une utilisation d’EPO. La nouvelle direction de l’UCI a démenti qu’un contrôle positif d’Armstrong ait été dissimulé.

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