Attaques anti-juges: l'UMP sur la pente Berlusconi

Publié le par Gérard

« Scandaleux », « infamant », « insultant », « grotesque », « excessif », « injuste »« acharnement judiciaire », « acte politique ». Depuis la mise en examen de Nicolas Sarkozy pour « abus de faiblesse » dans l’affaire Bettencourt, le 21 mars, l’UMP s'est engouffrée dans une série d’attaques virulentes à l'encontre des magistrats. En une semaine, la scène politique française se rapproche de la situation en Italie, où droite et juges s'affrontent depuis vingt ans. Décryptage.

 
© Reuters

« C’est une grande injustice », aurait rétorqué Nicolas Sarkozy dans le bureau du juge Gentil après que celui-ci l’a informé de sa mise en examen, le 21 mars. Le soir même, c’est le même argument que martèle son avocat Thierry Herzog : cette décision est « incohérente sur le plan juridique et injuste ». Les ténors de l’UMP lui emboîtent le pas sur les plateaux télé. « Acharnement judiciaire », le mot est dans toutes les bouches.

 

La théorie du complot fait rapidement son chemin (lire notre article). Thierry Mariani parle d’« acte politique » et remet en question l’impartialité des magistrats, « qui n’est pas la première des qualités de certains », Christian Estrosi dénonce des « méthodes au relent politique évident », Lionnel Luca évoque une décision dont le but est de « discréditer » Nicolas Sarkozy, au moment où son retour en politique est évoqué.

Henri Guaino, l’ex-conseiller de Sarkozy, franchit un autre cap en ciblant directement le juge Jean-Michel Gentil. Le magistrat a « déshonoré un homme, les institutions, la justice », avec une décision « indigne » et « irresponsable », dit-il le 22 mars sur RTL et Europe 1, demandant au juge d'instruction de « venir devant les Français et leur expliquer pourquoi (…) il a pris une décision aussi lourde de conséquences ». Lundi 25 mars, il persiste et signe, en estimant que le juge « a sali la France en direct et devant le monde entier ». Jean-François Copé abonde et se dit « solidaire de sa liberté d'expression ».

 

L’avocat de Nicolas Sarkozy poursuit la contre-offensive dans Le Journal du dimanche en brandissant une tribune publiée dans Le Monde en juin 2012, dans laquelle 82 magistrats dont Jean-Michel Gentil s'alarment de l'abandon de la lutte contre la grande délinquance financière : « On peut se poser au minimum la question de l'impartialité de ce magistrat. » L’argument est repris massivement par les poids lourds de l’UMP, de Jean-François Copé à Nathalie Kosciusko-Morizet, en passant par Nadine Morano. Celle-ci compare même « l'affaire d'Outreau avec un juge d'instruction dépassé » et « l'affaire Sarkozy avec un juge engagé » :

 

Lundi, Nicolas Sarkozy sort de son silence. Sur Facebook, il qualifie sa mise en examen d'« injuste et infondée » et assure que « la vérité finira par triompher ». S'il prétend avoir « confiance dans l’institution judiciaire », il réclame tout de même le « droit à une justice impartiale et sereine », comme « tout citoyen ». Manière de dire que ce n’est pas le cas.

À gauche et au centre, plusieurs ténors et ministres dénoncent ces attaques anti-juges, « pas dignes d'hommes et de femmes politiques républicains », selon Jean-Marc Ayrault. « Inacceptables », estime aussi François Bayrou, pour qui « ces attaques infondées contre les juges sont des attaques directes contre la démocratie ».

« Voilà des gens qui ne savent pas ce qu’est l’État de droit, qui n’ont aucune idée de ce qu’est l’indépendance de la justice », s'insurge l'ex-magistrat Philippe Bilger, qui dénonce sur son blog les « aboyeurs » de l'UMP. L'Union syndicale des magistrats (USM) envisage de poursuivre Henri Guaino et s'indigne : « Jeter le discrédit comme ça sur une décision de justice, c'est juste illégal. » De son côté, l’avocat du juge Gentil annonce une procédure pour « outrage à magistrat » contre le député UMP, « en temps utile ».

 

http://www.mediapart.fr/

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