A Solférino, quand les candidats ne sont pas là, Royal ambiance

Publié le par Gérard

 

Ne pas laisser libre le moindre recoin médiatique. Martine Aubry fait une pause en Bretagne ? François Hollande est descendu dans le Sud-Ouest ? Ségolène Royal en profite pour garder les clés de la maison socialiste tout l’été. Depuis que la présidente de la région Poitou-Charentes dispose, le temps de la primaire, d’un bureau au siège du PS, elle ne quitte plus la rue de Solférino ! Un changement de stratégie total pour celle qui, depuis 2008 et son échec dans sa tentative de prendre la tête du PS, avait méthodiquement tenue à l’écart de l’appareil. Du coup, elle en fait même profiter les journalistes… Hier, c’était la quatrième fois en quinze jours : «Ségolène Royal vous convie à la rencontre hebdomadaire pour échanger […] autour d’une collation», annonçait l’invitation. Cette fois-ci, la vingtaine de journalistes avait pris place dans la grande salle réservée au bureau national. Micros, caméras et photographes étaient priés d’attendre, eux, dans une autre salle.

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Bousculer. La communication estivale de Ségolène Royal contraste avec ce printemps où la candidate avait disparu des écrans. «Le moment d’arrêt, je l’ai eu avant. D’autres l’ont maintenant», sourit-elle. Du 1er au 14 août, son agenda politique annonçait«famille, lecture, sport». «Ce n’est pas incompatible avec le travail ! répond-elle. Prendre des vacances avant une échéance comme celle-ci, ce n’est pas le choix que j’ai fait. Mais, rassurez-vous, je n’arriverai pas épuisée !» Hollande et Aubry apprécieront… Ségolène Royal veut profiter de l’été pour bousculer la hiérarchie en place. Exister, non plus comme l’éventuelle arbitre d’un second tour annoncé entre Aubry et Hollande le 16 octobre, mais comme une possible surprise. «Une rentrée politique, ça ne s’improvise pas, prévient-elle.Je suis engagée dans cette dernière ligne droite pour gagner.» Et, pour refaire son retard, Royal multiplie, ces derniers jours, les interviews. Elle a aussi renoué avec ses thèmes qui ont tant fait grincer dans les rangs du PS en 2007. La voilà donc qui refait part de ses désirs d’alliance avec le centre, étendue cette fois-ci «à ceux qui se sentent héritiers du général de Gaulle». Et, lorsque la droite propose un encadrement militaire pour les jeunes délinquants, mesure qu’elle avait sortie en 2007, elle saute sur l’occasion pour en demander l’application immédiate.

En face, on se garde bien de réagir aux sorties de la camarade Royal.«Ça peut faire gagner en bruit médiatique, mais je ne suis pas convaincu que ce soit utile à la gauche», critique tout juste Razzy Hammadi, proche de Benoît Hamon et soutien d’Aubry. «On lui reproche de faire des coups, mais elle est dans la constance», défend la députée Delphine Batho, lieutenante de Royal. «Elle est surtout là quand les autres ne le sont pas, fait remarquer Guillaume Garot, son porte-parole. C’est elle qui répond à la droite ! C’est elle qui démonte les supercheries de Nicolas Sarkozy !»

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«Vision». En s’échauffant cet été, Ségolène Royal espère arriver lancée à l’automne. Hier, elle a présenté les grandes lignes du livre qu’elle publiera le 20 août chez Plon : Lettre à tous les résignés et aux indignés qui veulent des solutions. «Je veux clarifier ma vision de la France et la façon dont j’entends être la candidate et - je l’espère - la présidente des solutions.» Royal insiste sur son «bilan» depuis 2007 : «25 déplacements internationaux»,«17 universités populaires participatives», «une soixantaine de déplacements de terrain»et, enfin, son «action» à la tête du conseil général de Poitou-Charentes, son «laboratoire d’expérimentation». «Ordre social juste», «croissance verte», «réforme de la tarification bancaire», «blocage du prix de l’énergie» et de ceux «de produits de première nécessité», Royal répète ses gammes et veut faire de la «pédagogie». Peu importe les sondages qui la mettent loin derrière Aubry et Hollande : «Que valent des échantillons sur un corps électoral qu’on ne connaît pas ?» fait valoir Guillaume Garot. «Ça va se cristalliser là. Dans la dernière ligne droite», poursuit Royal. Et, pour sortir d’une course d’évitement qui favorise Hollande et Aubry, Royal veut du face-à-face. Des débats entre les candidats : «On ne peut pas reprocher aux journalistes de ne s’intéresser qu’aux petites phrases et, quand les médias proposent des débats, de résister», tacle-t-elle.

L’ancienne ministre a balisé sa rentrée : outre la sortie de son livre, elle se rendra en Corse le 15 août, puis sera en visite dans des quartiers de villes du Sud-Est. Ensuite, passage obligé chez elle, à La Rochelle, pour l’université d’été du PS, avant un meeting le 10 septembre à Montreuil (Seine-Saint-Denis), dans l’espoir d’être dans la bonne échappée en vue du sprint final. «J’ai vingt-cinq ans de vie politique, j’ai été candidate à la présidentielle et ai réuni 17 millions d’électeurs sur mon nom.»«Cette offre politique, je la porte depuis que je suis montée sur ce toit en 2007 !» poursuit-elle en pointant le haut de Solférino, où elle s’était rendue au soir de sa défaite le 6 mai 2007 pour dire qu’elle «reviendrait». Pour ceux qui en doutaient, Ségolène Royal n’a pas abdiqué.

Publié dans Ségolène Royal

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