A quoi joue Brice Hortefeux avec le musulman polygame de Nantes?

Publié le par Gérard

 

Quel est le rapport entre la "polygamie de fait" et un éventuelle fraude aux prestations sociales, le délit de travail dissimulé et la nationalité française? Aucun.

 

Et pourtant, depuis des semaines, avec l'affaire du "musulman polygame de Nantes", le ministre de l'Interieur tente de nous convaincre du contraire.

 

Brice Hortefeux, le 14 septembre 2009, au Conseil français du culte musulman, à Paris.

Brice Hortefeux, le 14 septembre 2009, au Conseil français du culte musulman, à Paris.

 

 

Après la mise en examen du-dit l'ogre polygame et musulman de Nantes pour fraudes aux prestations sociales (ce qui est vague) et travail dissimulé, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux a indiqué qu'il persévérait à tout faire pour faciliter la déchéance de la nationalité française pour un naturalisé devenant polygame. Il a déclaré vouloir "faire évoluer le droit" pour lutter contre la "polygamie de fait" et d'"adapter". "la définition que le code pénal fait de la polygamie n'est pas adaptée à la réalité." Il a aussi ajouté que droit "ne tient pas compte des mariages religieux ni des situations de communauté de vie et d'intérêts qui constituent, en réalité, une 'polygamie de fait', organisée pour qu'un homme vive des prestations sociales perçues par des femmes".

 

Il est facile de discerner le feu avec lequel le ministre entend jouer: le musulman polygame de fait mis en examen pour fraudes aux prestations sociales vit des prestations sociales perçues par ses concubines ou maîtresses diverses. Donc, il est temps d'instaurer un nouveau statut du polygame de fait pour déchoir de leur nationalité les horribles barbus intégristes qui viennent jusque dans nos bras etc.

 

Un détail pourtant doit retenir l'attention du lecteur. Certes, "l'ogre-intégriste-qui-mange-nos-allocs" de Nantes est mis en examen pour "fraudes aux prestations sociales", mais on se notera aussi que l'une de ses concubines a été entendue par les enquêteurs dans cette affaire, et qu'elle a été libérée sans être mise en examen alors qu'elle perçoit les allocations françaises prévues en la matière pour les parents célibataires en droit. Que son concubin ou amant en "profite", où est le problème? N'existe-t-il pas en France des milliers et des milliers de personnes dans le même cas?

 

Du coup, on se demande si "les fraudes aux prestations sociales" qui justifieraient une mise en examen du monstre de Nantes ne relèvent pas de l'activité professionnelle de l'intéressé qui est par ailleurs un chef d'entreprise tenant un petit commerce. D'autant que s'y ajoute un volet pour "travail dissimulé". Cela dit, on se demande alors si "les fraudes aux prestations sociales" ont un rapport quelconque avec la situation sentimentale des personnes en cause.

 

Tout cela est bien vague.

 

Que recouvre cette dénomination de "fraudes aux prestations sociales"? S'agit-il de fraudes liées à la situation sentimentale de Liès Hebbadj ou bien de fraudes liées à son activité professionnelle?

 

La réponse à cette question n'est pas sans intérêt. S'il s'agit de "fraudes aux prestations sociales" liées au commerce de Hebbadj, on pourra alors s'interroger sur le point de savoir si Hortefeux ne joue pas de l'ambiguïté de cette appellation de façon à continuer sa petite campagne de com' populo-populiste sur le thème "de l'horrible musulman-arabe-polygame-qui-profite-des-allocs-de-ses-femmes-pour-se-goberger".

 

Dans ce cas de figure, l'opération du ministre serait, tout bien considéré, assez lisible, et confirmerait ce que beaucoup pensent depuis le début de cette affaire: Hortefeux est prêt à tout pour faire de Liès Hebbadj le prétexte à entretenir un sentiment de haine au sein de la partie de la population française la plus sensible à ces questions, sentiment amalgamant "arabe-musulman-integrisme-voile-polygamie" et destiné à faire croire que des millions de Liès Hebbadj viennent jusque dans nos bras etc.

 

Et pour conclure, posons une dernière série de questions: n'existe-t-il pas en France des petits commerçants, nés avec la nationalité française, ayant une ou des maîtresses, ayant eu un ou plusieurs enfants avec ces maîtresses (bénéficiant à ce titre de l'allocation de parent isolé) et à qui il arrive à l'occasion de frauder l'URSSAF et de pratiquer un peu de travail au noir?

 

Vraiment pas? Pourquoi ceux là n'ont-ils jamais été menacés de se voir retirer la nationalité française pour les mêmes faits que ceux pour lesquels Hebbadj est mis en examen aujourd'hui? Pourquoi ne sont-ils pas traités comme d'odieux polygames de fait?

Pourquoi ne pas avoir songé à vouloir instituer ce nouveau délit de polygamie

avant l'affaire Hebbadj. Parce qu'ils ne sont ni arabes, ni musulmans?

 

De quelque manière que l'on pose le problème, le fait est que voir un ministre lier dans le débat public des questions de religion et de vie privée à des délits éventuels relevant du droit pénal pour en faire un combat de civilisation nous ramène loin, loin loin en arrière. Et c'est inquiétant.

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